LA LANGUE PROVENCALE

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Louis Le Nain (1593 - 1648 - peintre des paysans et de la misère mais fiers - Le Louvre)*

 

* composée en 1642 - actuellement au Louvre – Le Nain, s'il traite de la pauvreté, il le fait sans misérabilisme : pour s'en convaincre, il suffit d'appréhender ce verre à pied si fragile empli de vin, de saisir comment la musique résonne dans le corps de ce petit joueur de flageolet, d'observer ce vieil homme, en arrière-plan, dans sa singulière présence, de remarquer ce petit chat immobile et attentif derrière le fait-tout… La pauvreté disparaît derrière chacun des regards. Le Nain a réussi la prouesse de composer « un tableau qui m'oblige à être pleinement ce que je suis et non pas ce que je crois être ».

 

Jóusè sourtiguè soun coutèu e coupè dins la grosso micho rassido de lesco de pan. Li convida au repas n'en faguèron de tros que boutèron dins si sieto. Alor, Jóusè s'aubourè e li man jouncho, diguè : « Noste Segne, benesigue noste repas qu'es lou fru de noste travai e qu'aquesto famiho siegue la bènvengudo e trobe encò nostre, lou recate e la reviscoulado que lis ajudara à tourna trouba la pas! »

 

Autrement dit : Joseph sortit son couteau et coupa dans la grosse miche rassie des tranches de pain. Les invités au repas en firent des morceaux qu’ils mirent dans leurs assiettes. Alors Joseph se leva et les mains jointes, dit : « Notre Seigneur, bénis notre repas qui est le fruit de notre travail et que cette famille soit la bienvenue et trouve chez nous, l’abri et le réconfort qui les aideront à retrouver la paix ! »

 

Extrait du Roman historique « Lou Cascavèu » - « Le Grelot » de Michel MAZAN... mon prof de provençal, et le moulinier de Vedène quant à la répression des réformés au 17ème siècle !)

 

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Si vous n'avez jamais entendu le son d'un « flageolet », n'hésitez pas à cliquer ici pour en avoir une idée... Contrairement à ce que l'on serait tenté de penser, si c'est ce minuscule instrument très rudimentaire encore nommé « flajol » (s’il est plus gros on le nomme « pipeau »), muni d’un sifflet taillé à l’une des extrémités d’un tube en os, roseau ou bois, percé de 6 trous dont se servaient les bergers gavots, il est très agréable à entendre. Il en est question dans cette peinture de Louis Le Nain ci-dessus, et dans toute l'histoire de la Provence et apparaît dans le roman de Michel MAZAN...

 

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Les pipeau, flajol ou encore fifre : regroupent de nombreux instruments proches, parfois très rudimentaires, aux aspects les plus divers. Un pipeau comporte un sifflet taillé à l'extrémité de l'instrument et un nombre variable de trous, de 2 à 6, percés dans son corps. Il peut être en os, en roseau, en bois... Les noms les plus divers, variant selon la région, peuvent lui être donnés: flageolet, flajol, flûte de saus (saule), Fifre à 3 trous taillé dans un morceau de bambou (c'est ce dernier dont se servent les tambourinaires des groupes folkloriques provençaux dont ils ne jouent qu'avec une seule main, l'autre frappant le tambourin, etc…

 

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Philippe PERLOT, Flageolettiste,

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Cela dit, si vous n'avez jamais entendu parler Provençal, visionnez ce petit reportage tourné par la télévision pour France 3 Provence et la petite Association de « Counfrarié di Vigneroun de Sant-Marc de Vilo-Novo d'Avignonun = Confrérie des Vignerons de Villeneuve-les-Avignon » à laquelle je prends part avec les copains, lors du centième anniversaire de la venue de Frédéric Mistral à Villeneuve (le 25 avril 1913, à la fête de la Saint Marc), le village que nous avons la chance d'habiter... Puis je vous en dirai un peu plus sur cette langue chantante et merveilleuse que nous nous efforçons de sauver de l'oubli !

 

 

  

Depuis trois ans, j'ai la joie de suivre les cours de Provençal donnés par l'Association « Le Pont de Garance » (cliquer ici) de Vedène qui est animée par Michelle CRAPONNE, une amie qui a connu mon grand-père à Céreste dans les Basses Alpes lorsqu'il y a séjourné juste après la guerre et où il a occupé un temps le poste de garde champêtre... et de Michel MAZAN le moulinier (le meunier du moulin à huile) de Vedène dont je vais vous reparler plus loin, car il vient de traduire son roman historique « Lou Cascavèu » (= le Grelot) qu'il avait rédigé en Provençal il y a quelques mois et publié à compte d’auteur.

 

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Un « Cascavèu »

 

C'est un vrai plaisir, surtout pour moi, un enfant du pays, petit-fils de l'un de ces descendants des Vaudois dont il raconte l'histoire dans son roman...  C’est un roman historique mais qui pourrait être une histoire vraie, dont le début se situe exactement en 1642, dans le triangle compris entre Carpentras, Vedène et Avignon, l’année où Le Nain a peint le tableau que nous avons mis en tête de cet article et se termine en 1724 après la Grande Peste ! 

 

Je vous engage à le lire… il ne fait que 120 pages avec, à gauche le texte en Provençal, et à droite, le texte en Français, et il se lit en une soirée… Un régal digne de Jean GIONO ou de Pierre MAGNAN (l’Association « Le Pont de Garance » le vend 10 € pour enrichir son trésor qui lui permets d’aider des personnes âgées à sortir de leur isolement en organisant des sorties touristiques et historiques… n’hésitez pas à m’en demander !)

 

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Dans ce roman Michel MAZAN raconte de nombreuses anecdotes se rapportant à la  « Grande Peste » et pour le comprendre il nous faut vous rappeler ce qu'elle fût :   

 

En Mai 1720, la « Grande Peste » fut apportée, à Marseille, par le voilier « le Grand Saint Antoine », dont l’affréteur, l’échevin ESTELLE, malgré un décès suspect signalé par le capitaine Jean-Baptiste CHATAUD, voulut absolument débloquer sa cargaison pour commercialiser ses soieries à la Foire de BEAUCAIRE qui débutait le 20 juillet. La peste ne fut officiellement déclarée que 67 jours après l’arrivée du navire.

 

En mars 1721, pour limiter la propagation de la maladie que les restrictions de circulation ne parviennent pas à contenir, le royaume de France, les territoires pontificaux d'Avignon et du Comtat Venaissin décident de se protéger par une ligne sanitaire matérialisée par un mur de pierres sèches entre la Durance et le Mont Ventoux, et gardé jour et nuit par les troupes françaises et papales empêchant tout passage. Les habitants furent ainsi réquisitionnés pour son édification, le mur devait empêcher toute relation entre le Comtat Venaissin et le Dauphiné encore épargné.

 

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Malgré les barrières naturelles que représentaient la Durance, le Rhône, le Verdon, le Var, l’Aygues et l'Orb, auxquelles s’ajouta le « Mur de la Peste », on a pu calculer que l’épidémie se déplaçait de 45 kilomètres par mois, en zone peuplée, avec des différences allant de 35 à 50 km / mois.

 

Mais si le fléau atteignit les Pré-alpes et le Gévaudan, il ne dépassa pas ORANGE dans la vallée du Rhône et il s’arrêta aux portes de Saint GENEST-de-BEAUZON, près de LARGENTIERE.

 

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La peste atteignit APT, le 25 septembre, et CARPENTRAS le 24 octobre 1720, où l’on exposa les reliques de Saint SIFFREN et le Saint CLOU pour éloigner le fléau. Un an plus tard, à METHAMIS, le 21 septembre 1721, le bureau de santé ordonnait :

 

« Que ceux des habitants qui voudraient aller travailler à la vendange hors du terroir ne pouvaient aller qu'à Carpentras ou autres lieux plus proches ; qu’à leur retour ils apporteraient une attestation des personnes chez qui ils auraient travaillé et le nombre de jours qu’ils auraient travaillé chez chacun, au défaut de laquelle attestation ils ne seraient plus reçus dans le lieu. »

 

D’une façon générale, en ce temps de vendanges, les raisins ne pouvaient attendre et de nombreux consuls ou bureaux de santé remirent aux vendangeurs de leur commune une « carte marquée aux armes de la ville » leur servant de laissez-passer.

 

Le vin trouva une place prépondérante parmi les désinfectants ou les médications. Durant toute la période 1720-1721, on conseilla des vins légers bus avec de l’eau pour ne pas enflammer le sang. Les vins blancs étaient recommandés. Pour désinfecter les lieux touchés par la peste on se servit du vinaigre des quatre voleurs.

 

Comme curatif, l’apothicaire de MENERBES se chargea de fournir en « Thériaque » une partie des communes de la vallée du CALAVON (c'est la petite rivière qui coule dans la vallée du Lubéron et dont la route Nationale 100 suit les méandres, depuis la Montagne de Lure, pas loin de Banon, pour se jeter dans la Durance à Caumont et qui passe sous le pont romain Julien à hauteur de Goult-Lumières).

 

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La « Thériaque » était un contre-poison millénaire - on dit que c'est le général Romain Pompée qui le ramena de Grèce un siècle avant Jésus-Christ - et dont se sont servis les marins pendant plus de 1700 ans, passait pour une panacée; elle coûtait cher, car elle nécessitait plus d'un an de préparation (elle devait fermenter) et faisait appel à plus de soixante-quatre ingrédients végétaux, minéraux et animaux des plus variés, sans compter le vin et le miel, dont entre autres, gentiane, poivre, myrrhe, acacia, rose, iris, rue, valériane, millepertuis, fenouil, anis ainsi que de la chair séchée de vipère, de l'opopanax (une herbe ombellifère contenant de l'opium) et des rognons de castor mais on sait maintenant que foin de ces 74 composants, elle devait la majeure partie de son action à l'extrait d'opium qu'elle renfermait (environ 25 mg pour 4 grammes).

 

Le 12 août 1722, la peste finie, les consuls de GOULT qui en avait acheté pour 340 livres lui renvoyèrent leur stock avec une indemnisation de 40 livres, mais par précaution, en gardèrent pour 20 livres.

 

Il y eut 126 000 morts en Provence, Comtat Venaissin et Languedoc.

 

En Provence, 81 communautés furent atteintes et sur une population de 293 113 habitants, il y eut 105 417 morts (36 %) ;

 

Dans le Comtat, 6 communautés, soit 36 641 habitants et 8 062 morts (22 %)

 

En Languedoc, 84 communautés, soit 12 597 morts pour 75 377 habitants (16,7 %).

 

MARSEILLE, la première touchée, perdit la moitié de sa population, soit 50 000 morts !

 

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Article en cours de rédaction en décembre 2015...



19/04/2015
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