STATUE DE LA LIBERTE & MONSIEUR GAGET

Ou comment Monsieur « GAGET » est entré dans l'histoire et les dictionnaires ! 

 

 

Depuis quelques années je suis webmestre d'un site d'échanges et d'informations symboliques qui réunit plus de 2000 internautes à travers le monde. Il est géré par une petite association du nom anglo-saxon de « Forget-me not » (ça se traduit par « ne m'oublie pas » c'est aussi le nom de la fleur très symbolique du Myosotis en anglais - qui est un symbole bien connu des francs-maçons allemands, et des Compagnons du Devoir, à savoir que c'est aussi le symbole du pentagramme étoilé).

 

Une fois par an, en fin d'année, je fais donc appel auprès des membres, des cotisations à cette petite association.

 

Elles sont très modiques puisque de 10 € par an seulement, et je suis amené à déposer les chèques de ces règlements à la banque postale par paquets de 50.

 

Il y a quelques jours, en remettant mon dernier bordereau de 50 chèques à l'ordre de « Forget-me not »… ma postière, très consciencieuse et quelque peu malicieuse, après avoir minutieusement contrôlé les 50 chèques que je lui présentais en a extrait un – le miens – et m’a fait remarquer que j'avais oublié de le signer !

 

Une petite explication a suivi et elle m’a demandé à brûle-pourpoint si j’avais réussi à réitérer l’exploit de l’ingénieur GADGET… Vous ne le connaissez sûrement pas, mais dans ma petite ville de Villeneuve-lès-Avignon, on le connait bien !

 

Voici donc l'histoire de cette statue qui a fait entrer Monsieur GAGET dans les dictionnaires:

 

La Statue de la Liberté de New York a été commandée au jeune sculpteur Auguste BARTHOLDI par Edouard de LABOULAYE qui combattait la politique autoritaire du Second Empire.

 

Edouard de LABOULAYE était un homme attentif à la vie politique américaine et un fervent admirateur de la Constitution des Etats-Unis.

 

Il rencontra un jour BARTHOLDI, ce jeune sculpteur qui commençait à faire parler de lui, pour lui commander un buste le représentant.

 

LABOULAYE, se déclarait en faveur de l’Union lors de la guerre de Sécession et fut soulagé d'apprendre la victoire du Nord en avril 1865. Cependant, la victoire fut entachée par l’assassinat du président Abraham LINCOLN au cours du même mois.

 

En 1866, alors que BARTHOLDI venait d’achever le buste de LABOULAYE, ce dernier confia au sculpteur le projet d’élaborer un monument marquant l’amitié entre la France et les Etats-Unis.

 

BARTHOLDI se préparait pour l’Exposition Universelle de 1867, un grand évènement du Second Empire, où il rencontra Ismaïl Pacha, le Vice-Roi d’Egypte qui lui avait confié la construction d'un monument à l'entrée du canal de Suez, dont l’inauguration était prévue fin 1869 (je ne peux m'en empêcher, mais c'est le même Ismaïl PACHA qui commanda à Giuseppe VERDI son grand opéra "Aïda" qu'il souhaitait présenter à ses invités pour la première fois à l'Opéra du Caire construit à l'occasion de cette inauguration, le 24 décembre 1869!)

 

 

Pendant deux ans, BARTHOLDI travailla à l’élaboration de cette entreprise.

 

En novembre 1869, toutes les têtes couronnées et les Grands Hommes d’Europe se rendirent en Egypte afin d’assister à l’inauguration du canal de Suez, et, invité à participer à la cérémonie, BARTHOLDI apprit alors avec désarroi que le trésor du Vice-Roi étant à sec, son projet de statue sur l’estuaire ne resterait qu’à l’état de projet.

 

Et c'est alors qu'éclata la guerre de 1870 qui vit BARTHOLDI, italien d'origine, enrôlé dans la Garde Nationale Italienne sous les Odres de Giuseppe GARIBALDI...

 

L'armée française, obligée de déposer les armes à Sedan le 2 septembre 1870, Napoléon III est contraint de se rendre aux Prussiens en abandonnant à la Prusse, l'Alsace et la Lorraine annexées par Louis XIV en 1681 assorties de dommages de guerre de prés de cinq milliards de francs or. 

 

Rentrant en France, BARTHOLDI découvrit un Paris ravagé par la guerre, la commune et la répression qui s’ensuivit, et une France appauvrie pour des années et donc sans plus aucun crédit pour achever la statue de la liberté commandée par LABOULAYE.

 

Mettant de côté ce projet, il se concentra sur un nouveau projet, le Lion de Belfort, une œuvre qui  symbolisait la résistance héroïque menée par le colonel Denfert-Rochereau au cours du siège de Belfort (dont une copie miniaturisée fut installée au milieu de la place Denfert-Rochereau à Paris).

 

Paris_XIV_lion_place_Denfert-Rochereau.jpg

 

La vie reprenant peu à peu la normale en France, Adolphe THIERS, élu président de la République, demanda en février 1873 à BARTHOLDI de reprendre ses travaux sur la statue de la Liberté.

 

Au cours de l’été 1874, BARTHOLDI présenta enfin un plâtre à ses concitoyens.

 

La III° République étant officiellement proclamée en janvier 1875, LABOULAYE et BARTHOLDI participèrent à la création de l’Union franco-américaine, en novembre de la même année.

 

Recevant un financement conséquent, BARTHOLDI décida alors de s’installer dans l'atelier d'un chaudronnier, l'entreprise GAGET-GAUTHIER, située à Paris au 25, Rue de Chazelles, afin de travailler à l’élaboration de sa statue.

 

Il reçut alors l’aide de l'architecte Eugène VIOLLET-LE-DUC, à qui fut confiée la tâche de choisir les cuivres devant être employés à la construction.

 

 

VIOLLET-LE-DUC choisit alors une technique particulière du « repoussé », consistant à travailler à froid, à l'envers, une fine plaque de métal, de manière à faire ressortir une image ou un ornement, et pour l'armature devant supporter les plaques, il choisit de se faire aider par l'ingénieur Gustave EIFFEL.

 

Les fonds continuant à être engrangés, le projet prenait forme mois après mois.

 

BARTHOLDI attaquera par les pièces maîtresses de la statue les plus difficiles à réaliser, à savoir les extrémités, la main, le flambeau puis la tête...

 

  

Chaque section définitive était coulée en plâtre. A partir de cette forme, on construisait un gabarit en bois, sur lequel était façonné le revêtement de cuivre. BARTHOLDI dut ainsi prévoir chacune des 9000 mesures nécessaires au façonnage de chaque section.

 

Cependant, il dut bientôt se rendre à l’évidence : la statue ne serait pas prête pour le centenaire des Etats Unis qui devait avoir lieu le 4 juillet 1876.

 

Il décida donc de terminer une des parties les plus importante, à savoir la lumière qui est sensée éclaire le monde en envoyant symboliquement aux Etats-Unis la torche de la statue.

 

Manquant de peu les festivités, le flambeau n'arriva aux Etats Unis qu'en septembre 1876.

 

La statue fût toutefois présentée la même année à l’exposition universelle de Philadelphie où l'on transporta, pour la circonstance, la main et le flambeau.

 

Nota Bene : Une réplique des ces deux pièces fut façonnée en 1985 lorsque les Etats-Unis, pour rénover le flambeau de la statue, ont fait appel à une entreprise de Bezannes près de Reims où travaillent des artisans experts en ferronnerie d'art qui ont remis à neuf la torche rongée par la rouille – une seconde réplique fut érigée à Paris au dessus du tunnel ou la princesse Diana a trouvé la mort.

 

Peu de temps après, en décembre 1876, BARTHOLDI épousa une aristocrate, Jeanne-Emilie BAHEAUX de PUYSIEUX, de treize ans son aînée, dont il n'eut jamais d'enfant. 

 

Lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1878, BARTHOLDI présenta la tète couronnée, mais des problèmes financiers le contraignirent à mettre fin aux travaux peu de temps après.

  

 

C’est alors que Joseph PULITZER, fondateur du journal le New York World, décida de s’attaquer au financement en s'adressant aux classes aisées qui refusaient de fournir les fonds pour poursuivre la construction. En définitive, la campagne de PULITZER porta ses fruits, car de nombreux donneurs privés issus des classes moyennes acceptèrent de participer financièrement à l’élaboration de la statue.

 

Et BARTHOLDI put terminer son oeuvre.

  

Mais panique… on s’aperçut avoir tout prévu sauf le socle pour son remontage sur l’île de Bedloe, qui se trouve juste à l’entrée du port de New-York où arrivaient les immigrants Européens au 19ème siècle.

  

En fait, il fallait encore financer ce socle… Alors Monsieur GAGET qui était le directeur de l'atelier de fonderie Gaget-Gautier de la rue de Chazelles à Paris où furent façonnées et assemblées les plaques de cuivre qui recouvrent le squelette réalisé par Gustave EIFFEL eut une idée géniale.

 

Il sollicita un de ses copains qui habitait Villeneuve les Avignon, un certain Monsieur LUGAN, qui possédait une petite carrière de pierres à Tavel dans le Gard.

 

L’architecte américain Richard HUNT fut alors chargé d’imaginer le socle, de concert avec l’entrepreneur Charles STONE et Monsieur GAGET leur demanda de dessiner et réaliser le socle susceptible de soutenir les 210 tonnes d’acier et de cuivre de la statue avec des pierres de Tavel.

 

Pour le financer Mr GAGET demanda à Mr LUGAN de lui façonner une dizaine de milliers de petites pierres de Tavel polies de la taille d’un morceau de sucre.

 

Avec l'aide de Joseph PULITZER, Monsieur GAGET a alors fait publier quelques placards significatifs dans les grands journaux New-Yorkais en proposant que chaque américain qui se sentait concerné envoie un billet d’un Dollar pour financer une pierre du socle et à réception, chacun des souscripteurs recevrait symboliquement une réplique au 1/20ème de la pierre qu’il offrait ainsi pour bâtir le socle.

 

En un mois seulement, en août 1884, les fonds nécessaires à l’élaboration du socle de la statue furent finalement rassemblés.

  

 

 

Pendant ce temps là, Bartholdi continuait son ouvrage, qui fut finalement achevé en juillet 1884.

 

En France, voyant que les travaux du socle étaient en cours, il fut donc décidé d’entreprendre les travaux de démontage de la statue dès janvier 1885.

 

Elle fut désassemblée en 350 pièces détachées sauf le flambeau et la main déjà sur place.

 

Chaque section, chaque pièce, chaque rivet fut numéroté, empaqueté et prêt à être remonté avec la même méticulosité.

 

De la gare Saint Lazare, la statue fut envoyée en train jusqu’à Rouen, puis elle descendit la Seine sur une péniche afin de s’embarquer au Havre en mai 1885 à bord de la frégate "Isère".

 

Débarquant à New York en juin, les travaux de reconstruction de la statue ne commencèrent toutefois qu’au printemps 1886 et la statue a pu être installée sur le socle fourni par la carrière LUGAN.

 

 

Lorsque la statue fut enfin réassemblée et érigée sur son socle, BARTHOLDI débarqua à new York, accompagnée d’officiels français pour son inauguration prévue le 28 octobre 1886.

 

Elle fut inaugurée en présence du président Grover CLEVELAND, devant plusieurs milliers de spectateurs.

 

La taille du monument était colossale pour l'époque: la statue en elle-même mesure 46 mètres de haut pour un poids de 204 tonnes, alors que son socle est d’une hauteur de 47 mètres, soit 93 mètres au total.

 

Lors de son inauguration, la statue arborait une teinte brun rouge, en raison du cuivre qui la recouvrait. Cependant, le vert de gris ne tarda guère à recouvrir la statue d’une patine bleu vert qu'on lui connaît encore aujourd'hui.

 

Pendant le discours d'inauguration, BARTHOLDI grimpa au sommet de la torche, et découvrit ainsi le visage de la statue du voile qui la masquait au public.

 

Et voici ce que l'on ne peut plus visiter depuis les attentats du 11 septembre... L'intérieur !

 

La construction du monument a coûté en tout la bagatelle de 2 250 000 francs (800 000 dollars + 10 000 dollars du socle financé par les New-yorkais en l’espace d’un mois).

 

Monsieur GAGET était entré dans la postérité sans le savoir puisque son nom (qui se prononce "GADGETTE" en anglais) est devenu aux Etats-Unis celui d’un objet qui ne sert à rien, pour nous revenir en Europe sans se douter que tout est parti de la rue de Chazelles à Paris... et de Tavel !

 

Il existe de nombreuses répliques en « miniature » de la Statue de la Liberté. Parmi elles deux sont authentiques :

 

L'une a été offerte par Bartholdi lui-même à la petite ville de Roybon dans l'Isère où elle fut érigée en 1906 en l'honneur d'Henri Saint-Rome (1797 - 1862) qui fut l'un des personnages de la Seconde République dans le département de l'Isère.

 

 

La seconde est installée dans le Jardin des Arts et métiers à Paris.

 

Plusieurs autres répliques ont été erigées un peu partout dont celle de :

 

      

 A Paris : L'ile aux cygnes  Jardin du Luxembourg

 

              

à Saint-Cyr/Mer           à Barentin                 à Colmar

 

Il en existe aussi une à Lunel (Hérault), et à Poitiers

 

 et même à Tokyo !

 

  


 



18/10/2011
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