LE SERMENT D'HIPPOCRATE

 

En prévision d’une visite de la Faculté de Médecine de Montpellier programmée avec ma petite Association des « Seniors dans le Vent » et qui n’a pu avoir lieu du fait du Covid, j’avais commencé à rédiger un texte sur ce que nous allions visiter grâce à l’introduction de l’un des « Seniors dans le Vent » !

 

Je n’ai donc pas pu publier ce compte-rendu mais j’ai pensé qu’il était utile pour certains lecteurs de leur donner une information plus complète sur l’un des aspects de l’enseignement que reçoivent les étudiants en médecine à Montpellier.

 

Je me permets donc de le publier en attendant de reprogrammer cette visite qui vous donnera plus de détails.

 

 

LE SERMENT D’HIPPOCRATE

 

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Hippocrate.
 

Cinq siècles avant Jésus-Christ, un homme a écrit, noir sur blanc, un serment de déontologie de la médecine et il a été rendu obligatoire de le prononcer dans toutes les facultés de médecine par un édit royal en 1707. Il a depuis été appris par cœur et prononcé des milliers de fois par tous les médecins Français.

 

Ce serment, le voici, traduit du Grec ancien par Émile LITTRÉ, lui-même médecin du XVIIIème siècle (NB : il a été revu par l’Ordre des médecins en 2012) :

 

 

« Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants :

 

Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon savoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part de mes préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

 

Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.

 

Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille (1), je la laisserai aux gens qui s’en occupent.

 

Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.

 

Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.

 

Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire ! »

 

(1) La taille est la circoncision rituelle.

 

Ce serment d’origine a été simplifié depuis et chaque faculté l’a adapté à ses propres besoins le rapprochant d’un code de déontologie médicale mais l’essentiel du serment demeure.

 

Voici celui qui est prononcé par les étudiants de la faculté de Montpellier :

 

« En présence des Maîtres de cette École, de mes chers condisciples et devant l'effigie d'Hippocrate, je promets et je jure, au nom de l'Être suprême, d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité dans l'exercice de la médecine.

 

Je donnerai mes soins gratuits à l'indigent et n'exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail.

 

Admis dans l'intérieur des maisons, mes yeux n'y verront pas ce qui s'y passe ; ma langue taira les secrets qui me seront confiés et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs ni à favoriser le crime. Respectueux et reconnaissant envers mes Maîtres, je rendrai à leurs enfants l'instruction que j'ai reçue de leurs pères.

 

Que les hommes m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses. Que je sois couvert d'opprobre et méprisé de mes confrères si j'y manque. »

 

Contrairement à l’imprécision qui entoure l'origine du poète Homère, l'existence d'Hippocrate est attestée par différentes sources fiables.

 

Hippocrate est mentionné deux fois dans l'œuvre de Platon, ce qui indique qu'il était déjà, de son vivant, un médecin célèbre au 5ème siècle avant J-C. Ce témoignage révèle donc l'importance de la pensée hippocratique, et du même coup, l'influence de la réflexion médicale dans l'histoire intellectuelle de la Grèce classique. La philosophie, science de l'âme, se réfère à la médecine, science du corps, et s'en inspire.

 

Il n'est donc pas étonnant que ce soit encore un philosophe, Aristote, dont le père était également médecin, qui fasse aussi allusion à Hippocrate dans son œuvre.

 

Hippocrate est né à Cos en 460 avant J.-C. Il est issu des « Asclépiades », nom d’une famille aristocratique qui prétend descendre en droite ligne du dieu Asclépios. A l'époque d'Homère (8ème siècle avant J.-C.), Asclépios n'était pas encore un dieu, mais le prince de Tricca en Thessalie, réputé pour son savoir médical. Les « Asclépiades » rendirent d'éminents services à la patrie.

 

Dans la famille d'Hippocrate, le savoir médical se transmettait de père en fils. La formation d'un bon médecin dans l'Antiquité englobait la rhétorique et très vraisemblablement la philosophie.

 

L'enseignement de la médecine était essentiellement oral et pratique. Toutefois, Hippocrate a pu bénéficier pour son apprentissage d'une tradition écrite issue de sa propre famille. Le grand-père d'Hippocrate aurait déjà écrit des ouvrages de médecine, peut-être de chirurgie.

 

Après sa formation dans le cercle familial, Hippocrate exerça d'abord la médecine à Cos.

 

Hippocrate eut deux fils qu'il forma à la médecine suivant la tradition familiale, et une fille.

 

Le roi des Perses Artaxerxès Ier aurait tenté en vain de s'attacher les services d'Hippocrate.

 

Dans les années précédant 420 avant J.-C., Hippocrate se rendit avec ses fils en Thessalie (plaine située au centre de la Grèce continentale – cf. carte ci-après). Hippocrate ne revint jamais à Cos, mais garda des liens étroits avec sa ville natale.

 

L'œuvre hippocratique comporte des fiches individuelles sur les malades mentionnant leur origine géographique, ce qui permet de suivre sur la carte les endroits où la médecine hippocratique a été exercée.

 

Les cités les plus lointaines ayant bénéficié des soins hippocratiques en dehors de la Thessalie, seraient Athènes, Delphes, Corinthe, les îles de Syros et de Délos au sud et la lointaine cité d'Odessa sur la côte ouest de la mer Noire.

 

Hippocrate mourut à Larissa, en Thessalie, à un âge avancé, (selon les sources ce serait entre 90 et 100 ans). La date de sa mort est située entre les années 375 et 351 avant J.-C.

 

Hippocrate est considéré comme « le père de la médecine ». Médecin grec, vivant au Vème siècle avant J.-C., il s’est vu créditer d’une biographie semi-légendaire et d’une œuvre énorme aux contours certes mal définis, mais dont l’autorité, d’après le témoignage de Molière, peut se comparer à celle de l’Évangile : pas plus que la parole divine, on ne conteste la parole d’Hippocrate : « puisqu’Hippocrate le dit, il faut le faire » s’incline Géronte en remettant son chapeau sur sa tête.

 

De nombreuses biographies, des récits byzantins plus ou moins imaginaires sur la vie d’Hippocrate ont contribué à brouiller l’image du médecin et à en faire une figure idéale et mythique, un peu analogue à celle d’Homère. En effet, comme on montre que dans l’île de Chios à Dascalopétra, la pierre où enseignait Homère, on admire à Cos « un platane d’Hippocrate ». Et de même que les poèmes homériques ont longtemps passé pour le commencement absolu de la poésie, les écrits hippocratiques étaient considérés comme la pierre fondatrice de l’édifice médical.

 

L’étude de ces textes, connus directement ou par l’intermédiaire de commentaires, a longtemps nourri la théorie et la pratique médicale, jusqu’au milieu du XIXème siècle, sans parler du fameux serment d’Hippocrate que nous venons de vous lire, qui est le serment d’Hippocrate traduit mot à mot du grec, serment, que prête encore sous une forme simplifiée et diversifiée les étudiants en médecine de nombreuses facultés dont celle de Montpellier lors de la soutenance de leur thèse.

 

Hippocrate désigné sous le nom « d’Hippocrate de Cos, l’Asclépiade », pour le distinguer d’autres Hippocrate car ce nom était très répandu, est né dans l’île de Cos (ou Kos) en Grèce, en 460 av. J.-C.

 

Cette dénomination « d’Hippocrate de Cos, l’Asclépiade » contient deux données fondamentales dont l’une est bien connue, sa patrie, l’île grecque de Cos (située dans le Dodécanèse, proche de la Turquie),

 

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L’île de Cos et la presqu’île de Cnide sont à l’extrême Est de la Grèce antique

 

et dont l’autre est méconnue, sa famille qui tire son nom « d’Asclépios ».

 

Dans la mythologie grecque, « Asclépios » (ou Esculape, ce même nom, en français, du dieu grec, dont le nom latin est Aesculapius) est, dans l'épopée homérique, un héros thessalien puis, à l'époque classique, le dieu gréco-romain de la médecine, fils d'Apollon, qui meurt foudroyé par Zeus pour avoir ressuscité les morts, avant d'être placé dans le ciel sous la forme de la constellation du Serpentaire.

 

Son attribut principal est le bâton d'Esculape, autour duquel s'enroule un serpent, symbole de la médecine (à ne pas confondre avec le caducée de Mercure/Hermès où s’enroulent non pas un, mais deux serpents). Son principal lieu de culte est situé à Épidaure, où il guérit les pèlerins par incubation.

 

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Le bâton d’Esculape versus le Caducée de Mercure-Hermès

 

Asclépios est invoqué dans le serment d'Hippocrate que nous venons d’énoncer, aux côtés de son père Apollon et de ses filles principales Hygie et Panacée. Il est l'ancêtre mythique des Asclépiades, une dynastie de médecins exerçant dans l’île de Cos et la presqu’île de Cnide, dont Hippocrate est le 17ème ou 18ème descendant et le plus illustre membre.

 

En fait, Hippocrate ne passa dans l’île de Cos où il naquit qu’une partie de sa vie et se fixa plus tard en Grèce continentale plus précisément en Thessalie berceau mythique de la famille des « Asclépiades » où il mourut à Larissa fort âgé, dit-on.

 

Mais c’est à Cos, lieu de sa naissance ou sa famille s’était fixée depuis de nombreuses générations que son nom est associé pour l’éternité.

 

Hippocrate appartient donc à la branche de Cos de la famille des Asclépiades « par descendance male », pour reprendre la formule consacrée aussi bien dans l’œuvre hippocratique que dans l’épigraphie de Cos.

 

Je me dois de préciser ici ce que l’on doit entendre par Asclépiades, ce terme a été souvent employé dans un sens élargi pour désigner les médecins en général, dans la mesure où leur art est sous le patronage d’Asclépios, le dieu de la médecine de l’époque classique.

 

C’est ainsi que dans le banquet de Platon, le médecin athénien Éryximaque parle, en tant que représentant des médecins, de notre ancêtre « Asclépios, le fondateur de notre art ». (Éryximaque, fils d'Acoumène - grec : Ἐρυξίμαχος Ἀκουμένου Eruxímachos Akouménou - est né vers 448 av. J.-C. et mort à fin du Vème siècle ou au début du IVème siècle av. J.-C. est un médecin athénien principalement connu comme l'un des convives du Banquet de Platon).

 

Lorsqu’Hippocrate naquit à Cos, sa famille était déjà célèbre non seulement pour son savoir médical mais aussi pour les services que plusieurs de ses membres avaient rendus soit à la Grèce, soit à leur patrie.

 

Il reçut l’éducation qui convenait à tout enfant issu d’un milieu aristocratique. Mais, à la différence de la plupart des autres enfants nobles, son avenir était pour ainsi dire fortement déterminé par son milieu familial, puisque le savoir médical s’y transmettait de père en fils.

 

Fils et petit-fils de médecins il a reçu son éducation médicale au sein même de sa famille.

 

Dans cette famille, à cette époque, l’enseignement devait être essentiellement oral et pratique, « les enfants apprenaient de leurs parents, dès l’enfance, à disséquer comme à écrire et à lire » dit Galien dans son traité intitulé « Opérations anatomiques ».

 

Il est vrai qu’en médecine l’enseignement oral joint à la pratique est plus commode que l’enseignement écrit. Il n’est pas facile, déclare l’auteur du « traité hippocratique des articulations » d’exposer exactement par écrit chaque procédé opératoire ; il faut que le lecteur se fasse une idée de la chose avec ce qui est écrit.

 

Toutefois Hippocrate a pu ainsi bénéficier pour son apprentissage d’une tradition écrite issue de la famille elle-même puisque le grand-père d’Hippocrate aurait déjà écrit des ouvrages de médecine et peut-être même de chirurgie.

 

Hippocrate aurait d’ailleurs suivi aussi un enseignement en dehors de sa famille aux dires de certains témoignages. Il aurait été en effet le disciple du médecin Hérodicos et aurait suivi aussi des études de philosophie.

 

Ces indications ont le mérite de rappeler que la formation d’un bon médecin dans l’Antiquité n’était pas de se cantonner à la connaissance de l’homme. Elle englobait aussi la rhétorique, la philosophie en tant que connaissance de l’Univers.

 

Hippocrate devînt donc que le plus grand médecin de l’Antiquité. Il a tenu école à Cos pendant le siècle de Périclès et s’il n’est nullement le créateur ni le fondateur de la médecine comme on a pu le dire, il est certainement l’homme qui a le plus complètement embrassé toutes les connaissances médicales de son temps et sans doute celui qui les a mises le plus en pratique.

 

Il a eu également le grand mérite d’être l’initiateur de l’observation clinique et de préconiser une médecine qui aida la nature dans ses efforts vers la guérison.

 

Hippocrate nous a laissé un corps de doctrines des plus remarquables dans de nombreux traités que nous connaissons sous son nom, et dont quelques-uns, sans doute, ne sont pas de lui, mais lui ont été attribués.

 

La théorie médicale d’Hippocrate repose sur les altérations des humeurs de l’organisme.

 

Bien que faisant intervenir des théories imaginaires, sa théorie le conduisit à une pratique saine et logique de l’art de guérir.

 

Hippocrate a été l’auteur le plus commenté au cours de nombreux siècles ou sa doctrine resta sans conteste.

 

De son temps il était fort célèbre et l’on sait qu’Ardaxerxes voulu faire appel à son concours pour combattre une épidémie qui décimait son armée. Hippocrate refusa avec dignité les offres magnifiques qui lui étaient faites par l’ennemi de sa patrie.

 

Il laissa une œuvre des plus importantes dont nous rappellerons les plus connus :

    • Le traité des Airs, des Eaux et des Lieux.
    • Le traité du pronostic.
    • Le traité des fractures.
    • Le traité des luxations.
    • Les aphorismes.

 

« Vita brevis, ars longa » i.e. « La vie est courte, l’art est long », tel est le début des aphorismes d’Hippocrate qui furent la bible des médecins pendant des siècles, avec son serment.

 

L'aphorisme originel d'Hippocrate est souvent inversé, révélant une tout autre signification. Il met l'accent sur l'art plutôt que sur la vie. En réfléchissant aux marches, aux colonnes et aux morceaux tombés du temple, je comprends maintenant ce que cela signifie.

 

Hippocrate, aussi courte qu'ait été sa vie, a laissé au monde un héritage.

 

Plus de deux millénaires et demi après avoir pratiqué son art sur cette petite île de Cos, les médecins récitent encore son serment.

 

La connaissance qu'il a créée a servi de pierre angulaire sur laquelle d'autres connaissances ont été accumulées.

 

Grâce à ses efforts et à ceux des personnes qui l'ont précédé et qui l'ont suivi, le monde a suffisamment progressé pour trouver des remèdes à de nombreuses maladies.

 

Étant donné qu'aujourd'hui nous venons de vivre une pandémie mondiale, je vois maintenant cette expérience d'aller à Cos avec une toute nouvelle paire d'yeux.

 

Une énorme série de médecins, y compris ceux qui ont précédé Hippocrate et dont nous ne connaîtrons peut-être jamais les noms, ont progressivement accumulé des connaissances afin qu'aujourd'hui nous puissions développer des vaccins en un temps record.

 

Par leur travail, ils ont laissé un héritage immense.

 

C’est là, plus qu’une métaphore, puisqu’Hippocrate fut représenté à l’époque byzantine comme un Christ en gloire tenant ouvert son livre des aphorismes.

 

Célèbre de son vivant, il eut pendant plus de 20 siècles, par l’œuvre conservée sous son nom, une influence sur la pensée médicale analogue à celle qu’a exercée Aristote sur la pensée philosophique.

 

Même au XIXème siècle, les querelles d’école brandissent ou fustigent l’Hippocratisme.

 

Laennec se réclamait encore dans la pensée hippocratique, et sa théorie, par contre, s’opposait à celle de Galien d’où le proverbe : « Hippocrate dit oui, Galien dit non ».

 

Hippocrate n’a pas seulement exercé une influence profonde sur la famille des Asclépiades. Il a donné, par son enseignement, un lustre exceptionnel et une diffusion inégalée à la tradition de la médecine de Cos.

 

Cette diffusion a été favorisée par une véritable révolution qui s’est opérée dans la tradition du savoir médical.

 

D’abord transmis uniquement dans le cadre restreint de la famille des Asclépiades, l’enseignement s’ouvrit ensuite à des disciples extérieurs à la famille.

 

« Avec le temps, dit Galien, il parut bon de transmettre l’art non seulement à ceux qui appartenaient à la famille, mais aussi à ceux qui étaient extérieurs... Ainsi donc l’Art sortit de la famille des Asclépiades ».

 

Cette ouverture qui existait d’ailleurs peut-être déjà avant Hippocrate prit avec lui une ampleur sans précédent. Platon, en indiquant dans son « Protagoras » qu’il était possible d’apprendre la médecine auprès d’Hippocrate moyennant paiement l’atteste bien.

 

Cette ouverture de l’enseignement ne pouvait pas se faire sans que le maître obtienne des garanties de la part du disciple extérieur à la famille des Asclépiades. Ces garanties sont très précisément contenues dans le fameux serment d’Hippocrate.

 

Ce serment, que nous vous avons rapporté dans sa traduction originale, comportait un contrat précis d’association qui n’était évidemment pas prononcé par les membres de la famille des Asclépiades.

 

En effet, l’enseignement de père en fils avait lieu tout naturellement sans qu’il y ait besoin de signer un contrat ou de verser de l’argent.

 

Ce serment était prononcé en fait par les disciples qui n’appartenaient pas à la famille au moment où ils se destinaient à recevoir l’enseignement du maître.

 

Le contrat précisait les devoirs du nouveau disciple et offrait des garanties morales et financières au maître de médecine.

 

Le disciple versait de l’argent et s’engageait à subvenir en cas de coup dur aux besoins matériels de son maître.

 

Les garanties s’étendaient aussi aux descendants directs du maître puisque le disciple s’engageait à enseigner, s’il le fallait, la médecine au fils de son maître sans serment ni contrat. En échange le nouveau disciple avait le privilège de recevoir un enseignement et de le transmettre gratuitement à ses fils.

 

Il est clair que ce serment a pour rôle essentiel de préserver les intérêts et les privilèges de la famille détentrice du savoir médical, à partir du moment où ce savoir fut ouvert à d’autres.

 

Ainsi ce fameux serment auquel on a attribué à juste titre une valeur exemplaire par les engagements d’ordre déontologique qu’il comporte dans sa seconde partie ne se comprend véritablement que dans un contexte social précis à une époque donnée.

 

Le serment est étroitement lié à cette révolution que constitue l’ouverture de l’école médicale primitivement réservée à une famille.

 

Pourquoi cette ouverture ? Selon un « commentaire au serment » attribué à Galien, Hippocrate aurait décidé d’ouvrir l’enseignement à des étrangers devant le trop petit nombre de membres de la famille susceptible de perpétuer la tradition médicale à Cos.

 

Il aurait donc rédigé le serment à cet effet. Cette explication mérite d’être prise en considération. Les Asclépiades de Cos avaient l’exemple de leurs parents installés dans l’île voisine de Rhodes où la tradition médicale s’était éteinte.

 

Une des clauses du serment révèle précisément cette préoccupation de s’assurer la pérennité de la transmission du serment médical à l’intérieur de la famille.

 

Le disciple par adoption, en cas de décès prématuré du maître, doit veiller à l’instruction de ses fils sans exiger d’eux une rétribution.

 

Paradoxalement l’ouverture des disciples étrangers à la famille pouvait servir à perpétuer la tradition familiale. Il est possible aussi que la réputation des médecins formés dans la famille des Asclépiades ait entraîné cet élargissement. En tout cas le serment d’Hippocrate l’a favorisé sinon provoqué.

 

Il est intéressant aussi de constater dans ce serment, qui, répétons-le, date du cinquième siècle avant J.-C., la notion de spécialité médicale et cette notion non seulement d’ordre déontologique, mais aussi d’ordre pratique a pour but de donner plus de sécurité aux malades qu’il faisait traiter nous dit Hippocrate dans certains cas chez des spécialistes : en l’occurrence il s’agissait de lithiase urinaire.

 

Serment simplifié que prête actuellement les étudiants en médecine et entre autres ceux de Montpellier n’a certes plus la même signification.

 

Il ne correspond plus à un véritable contrat financier entre le maître et l’élève. Par contre, il est fait appel au sens de la déontologie et le jeune étudiant promet et jure au nom de l’être suprême d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité dans l’exercice de sa profession.

 

Il fait appel aussi non seulement au sens de l’honneur et de la probité mais aussi au sens du devoir, du devoir envers le malade, du devoir envers l’indigent et du devoir envers ses confrères.

 

Il fait appel également aux secrets. Secret médical pour lequel certains médecins sont allés jusqu’à jouer leur vie pour le respecter et ne pas le divulguer.

 

Notre maître Hiram Abi fut assassiné pour avoir refusé de divulguer le Secret.

 

Analogie dans ses différentes attitudes, mais à coup sûr notion d’honneur, notion de devoir et de respect du secret quoi qu’il puisse en coûter.

 

Hippocrate a joué un grand rôle dans la faculté de médecine de Montpellier.

 

En premier lieu parce que Rabelais, l’un des plus célèbres médecins de cette faculté et qui fut l’un des promoteurs de la médecine humaniste, écrivit une édition partielle d’Hippocrate et de Galien.

 

Ensuite parce que l’Hippocratisme fut une tradition de l’école de Montpellier, qui contrastait avec le Galénisme de la faculté de Paris.

 

L’école de Montpellier, en effet, revendiquait la succession de l’école de Cos comme en témoigne une inscription peinte à la fin du XVIIIème siècle dans la salle des actes : « Olim cous, nunc montpelliensis Hippocrates ».

 

En France l’enseignement d’Hippocrate y persista beaucoup plus longtemps que celui de Galien et au XIXème siècle l’empirisme hippocratique fut brillamment illustré par LAËNNEC qui réagissait contre « la médecine physiologique » d’un BROUSSAIS.

 

Depuis lors, les querelles d’écoles brandissant ou fustigeant l’hippocratisme se sont tues dans le monde médical.

 

Le sceptre d’Hippocrate a été brisé. Et pourtant Hippocrate survit à tous ses détracteurs et à tous ses admirateurs.

 

Bien que l’œuvre transmise sous son nom soit scientifiquement dépassée, sa dimension humaine demeure un modèle pour les médecins.

 

De toute façon, cette œuvre reste et restera l’un des monuments les plus riches et les plus impressionnants de l’éveil de l’esprit scientifique en Grèce et dans le monde occidental.

 

Mais ce qui ressort avec évidence de ce serment d’Hippocrate lorsqu’on l’étudie plus profondément, c’est la notion de devoir :

  • Devoir de donner ses soins à l’indigent.
  • Devoir de rendre l’instruction qu’on a reçue de ses maîtres à leurs enfants.
  • Devoir de respect envers ses confrères.
  • Devoir de garder le secret, de taire ce qu’on a vu, ou ce qu’on a entendu.

 


 

BIBLIOGRAPHIE

 

À PROPOS DE GALIEN :

 

La pensée physique de Galien repose sur une théorie de la constitution de la matière héritée des plus grands penseurs de la Grèce antique. Le corps comme toute matière, est composé de quatre éléments (le feu, l'air, la terre, l'eau) en proportion plus ou moins grande, ce qui explique la qualité plus ou moins dominante du corps (quatre qualités élémentaires : chaud, froid, humide, sec).

  

Galien précise que sous ce terme d'élément (stoicheia), il ne s'agit pas, d'élément en soi (le « feu ») ni de la qualité pure (le « chaud ») mais de celle qui est dominante dans un corps particulier.

Dans les corps, les éléments ou les qualités se présentent toujours mélangés (crase κρᾶσις).

 

  

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Les quatre éléments correspondent aux quatre humeurs et chaque élément est associé à deux qualités :

 Le feu au chaud et sec, la terre au sec et froid, l'eau au froid et humide, et l'air à l'humide et chaud.

 

Galien reprend aussi la tradition hippocratique de considérer le corps comme une « boîte noire » dans laquelle se déroulent des processus physiopathologiques que les médecins essayent de modéliser en se fondant uniquement sur la connaissance des matériaux qui y entrent (air inspiré, nourriture et boissons) et qui en sortent (excréments, urines, sueur, sang s'écoulant des plaies, sécrétions nasales, vomissures).

 

De l'observation minutieuse de l'aspect des diverses excrétions produites en diverses circonstances, les médecins infèrent l'existence de quatre humeurs (sang, bile jaune, bile noire et phlegme) circulant dans le corps.

 

Les flux entrelacés de ces substances concrètes permettent d'expliquer par des causes naturelles chaque maladie, résultant d'un excès ou d'une insuffisance d'une d'entre elles. L'état de santé dépend du bon mélange (eucrasie) et de la bonne proportion des qualités et corrélativement l'état de maladie résulte d'un mauvais mélange (dyscrasie). Chez Galien, la théorie humorale ne joue vraiment de rôle qu'en pathologie, alors qu'elle tiendra une place centrale dans le galénisme tardif.

 


 

 

 



15/04/2023
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