LA CONCHYLICULTURE A L'ETANG DE THAU

Quand on parle de l'étang de Thau on pense à Sète bien évidemment, 

et donc à l'enfant du pays Georges BRASSENS; Petite séquence « nostalgie »… 

Vous pouvez l'arrêter en cliquant ci-dessus sur le symbole Arrêt Musique.jpg ou Arrêt Haut-Parleur.JPG

 

 

1- Dégustation-Huîtres-Étang-de-Thau.jpg

 

HISTOIRE DE LA « CONCHYLICULTURE »

 

Mais qu’es aco, « la conchyliculture » ?

 

C’est un mot composé qui vient du latin « concha » (se traduisant par « coque, conque, coquille ou coquillage »), ou du grec ancien κογχύλιον, kogkhýlion (qui veut dire « coquillage »), suivi du latin « cultura » qui désigne le soin que l’on apporte à la terre, la faune ou l’esprit.

 

« Concha » est un mot que l’on retrouve dans nombre de textes latins car, découverte des Phéniciens ou des Égéens, on tirait d’une « conque », (exactement le « Murex », un coquillage qui ressemble au bulot), une teinture rouge violacée, « la Pourpre ».

 

D’ailleurs ce fût l’un des éléments culturels de l'Antiquité méditerranéenne, que perpétue jusqu'à nos jours le vêtement des cardinaux des églises catholiques romaine et anglicane.

 

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La couleur « Pourpre » était tirée d’une conque, le « Murex »

 

Les Romains mangeaient et adoraient les coquillages !

 

En témoigne la villa gallo-romaine de Loupian dans l’Hérault qu’avec mes copains du G20, « Les Séniors dans le vent », nous avons visité ce 20 juin 2019, tout de suite après avoir visité l’exploitation « conchylicole » du « Mas SOULA » à MEZE (Mas veut dire « ferme » – conchylicole - en l’occurrence) : 

 

3 - Bourriche Mas soula.jpg

 

A cette époque, la grande richesse des eaux de l’étang de Thau (et de la Corse) permettait aux coquillages de se développer et de se reproduire naturellement en nombre suffisamment important pour régaler tous les gourmets ; mais les huîtres creuses n’existaient pas en Méditerranée, et les huîtres plates régnaient en maître.

 

Les récentes fouilles de la villa gallo-romaine de Loupian (voir l’article spécifique que j’ai consacré à ce joyau des mosaïques romaines en cliquant sur le titre) et tout autour de l’étang de Thau ont mis au jour l’empreinte d’un objet strié sur une espèce de bâton entaillé de petits cônes qui suppose une mise en culture des coquillages sur ces bâtons, hypothèse renforcée par le fait que des coquilles en grand nombre de même diamètre (10 à 12 cm) ont été retrouvées dans les fouilles conduites sur ce site, qui attestent une récolte de coquillages à maturité.

 

Or les archéologues ont, de plus, remarqué que les coquilles trouvées sur le site sont majoritairement des couvercles d’huîtres, et pratiquement ils n'ont jamais trouvé la 2ème valve plus creuse de la coquille, ce qui confirme que les huîtres devaient avoir été ouvertes. Ils supposent qu'elles étaient conservées dans du sel pour être exportées, probablement vers Rome (la villa était un relai sur le parcours de la voie romaine « Domitia »), puisqu’on ne retrouve pas de coquilles creuses.

 

Ce n’est qu’au IVème siècle après J-C qu’une culture des moules est supposée être apparue.

 

Sachez que, par ailleurs, selon les historiens, l'apparition des premiers coquillages, en l'occurrence les coquilles Saint-Jacques, date de 240 millions d'années. Les huîtres, les bigorneaux et les oursins, eux, ne font leur introduction qu’il y a 180 millions d'années.

 

L'huître est en effet très appréciée dans l'Antiquité. Les Grecs lui attribuent des vertus aphrodisiaques tandis que les Romains la mettent systématiquement au menu des banquets importants. C'est d'ailleurs un Romain, Caius Sergius ORATA, qui met au point le premier parc à huîtres.

 

Et contre toute attente, savez-vous que la conchyliculture a marqué l'histoire de la démocratie ? En effet, à Athènes, dans l'Antiquité, on s’est servi de la coquille d'huître comme bulletin de vote.

 

La « Conchyliculture » recouvre les activités suivantes :

• l'ostréiculture (élevage des huîtres)

• la mytiliculture (élevage des moules)

• la vénériculture (élevage des palourdes)

• la cérastoculture (élevage des coques)

• La pectiniculture (élevage des coquilles Saint-Jacques et autres pectinidés)

• l'halioticulture (culture des ormeaux).

 

Jusqu'au XIXème siècle, les coquillages (moules et huîtres plates) sont cueillis sur le littoral à même le plateau continental, et il faut attendre 1860 pour que s’installe à Mèze, Bouzigues et en Corse une véritable culture des coquillages.

 

A partir de 1875, on voit en effet apparaître dans les canaux de Sète des structures flottantes destinées à affiner les huîtres d'Atlantique. Mais les eaux du port ne sont pas des plus saines !

 

C’est alors qu'au début du XXème siècle, un pionnier demande une concession dans la lagune « pour y élever des huîtres ». Ce n’est qu'en 1911 que les premières concessions sont attribuées sur l'étang et que l’on construit les premières structures pour accueillir les huîtres à élever.

 

Et c'est en 1925, suite à une mauvaise pousse des huîtres, qu’un certain Louis Tudesq, maçon, a l’idée ingénieuse d’élever les huîtres sur des barres en béton suspendues dans l'eau à des pyramides, en béton également.

 

Mais la lourdeur de ces barres de béton amène à fixer les huîtres sur des barres de palétuvier (c’est un bois imputrescible) plus légères. Malgré tout, les pyramides deviennent vite incommodantes et sont remplacées par des « tables » implantées dans l’eau, qui reposent sur des piquets d’acier (généralement des rails de chemin de fer réformés) plantés verticalement sur le fond (à une profondeur de 4 à 8 m). Il faut savoir que l’étang a une profondeur qui, hormis sur le rivage, oscille entre 4 et 12 m.

 

Les barres de palétuvier seront alors utilisées jusqu’en 1980, puis remplacées par des cordes végétales enduites de goudron contre le pourrissement, suivies, il y a peu, par des cordes synthétiques.

 

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Une des « Tables » du Mas Soula vue de plus près.

 

La spécificité de la Méditerranée consiste à pratiquer l'élevage des huîtres et des moules en suspension et en immersion quasi permanente dans l'eau bien que, de temps à autres, on les soulève hors de l’eau pour les laisser sécher à l'air libre pendant 24h afin de tuer toutes les algues qui s’y sont fixées sans que cela puisse nuire à la vie de l’huitre qui peut « tenir » jusqu’à 48h hors de l’eau grâce à la petite réserve d’eau qu’elle possède à l’intérieur de la coquille.

 

A ce stade, citons par ailleurs, une technique – nommée « l’exondation » utilisée, par certaines entreprises (exemple, les Ets Tarbouriech) – qui consiste à sortir quotidiennement les huîtres de l'eau pour reproduire artificiellement le rythme des marées. Certes, leur croissance est ainsi plus lente que celle des huîtres classiques mais « l'exondation » permet aux huîtres de s’épanouir et de s’affiner à l’air libre et leur confère un goût très proche de l'idéal Marennes-Oléron.

 

Dans ce cas, au lieu de chevrons en aluminium posés horizontalement comme ceux de Mr Soula sur la photo précédente, le conchyliculteur utilise des tubes qui lui permettent de soulever en même temps toutes les cordelettes d'une ligne en les enroulant autour du tube avec une manivelle qu'il encliquette au bout de chaque ligne.

 

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Table avec traverses en tubes pour enrouler les cordelettes.

 

 

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Tables montrant des huîtres en Exondation (retirées de l’eau)

 

En effet, exposée au soleil et au Mistral, avant d'être replongée dans les eaux riches de la lagune, l'huître peut acquérir ainsi une texture et une saveur qu'apprécient ceux qui veulent retrouver dans ce produit à la fois les qualités de l'huître de l'Atlantique et de celles de l'huître de la Méditerranée. 

 

On remarquera en plus, sur la photo précédente, que les deux tables présentées sont entourées de filets de pêche enroulés. Déroulés jusqu’au fond de l’étang tout autour des tables et retenus sur le fond par des lests en plombs, ils servent, en fait, à protéger les jeunes huîtres lorsqu’elles sont dans leur première phase de développement, de l’appétit des prédateurs et en particulier des dorades nombreuses dans l'étang, qui en sont très friandes et sont capables d’en faire des ventrées en craquant les coquilles avec leur forte mâchoire.

 

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On aperçoit ici des cordelettes d’huîtres en exondation.

 

Cela dit, les eaux de l’étang de Thau, si elles sont riches en nutriment, en particulier de plancton, elles sont aussi moins salées que celle de la mer tout simplement - et ça, les coquillages apprécient - en raison du fait que l'eau douce de plusieurs petits ruisseaux se jettent dans l’étang et en particulier les eaux douces du Canal du Midi qui s’y mélangent à son arrivée dans l’étang à hauteur de Marseillan. Le Canal du midi traverse en effet tout l’étang d'Ouest en Est et il ne poursuit sa route vers le Rhône qu’à l’Est devenant le « Canal de Sète au Rhône » qu’il rejoint à hauteur de Beaucaire.

 

L’étang de Thau n’a que trois voies étroites de communication avec la mer, dont une à hauteur de Marseillan-plage et deux à hauteur de Sète, ce qui, avec le Canal du Midi, limite l’entrée d’eau marine dans l’étang et permet de conserver plus longtemps la température idéale de l’eau qui doit se situer entre 15° et 21° pour permettre le développement harmonieux des coquillages (en dehors de cette plage de températures les coquillages ne se développent plus, ce qui est le cas en hiver).         

 

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On aperçoit ici des faisceaux de cordelettes de jeunes huîtres en exondation

avec des filets en place pour leur protection.

 

Après de mauvaises pousses d’années en années, l’idée d’un remembrement des « tables » de production pour une meilleure distribution des richesses de l’eau naît et c’est dans les années 1970 que ce remembrement disposera les tables telles qu’elles le sont aujourd’hui. Ce n’est qu’à la suite de ce développement de la conchyliculture à Thau que se sont développées les autres zones conchylicoles des côtes méditerranéennes.

 

 

 

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L’étang de Thau, pour vous rappeler où il est situé sur la carte Michelin de l'Hérault…

 

7 - carte Marseillan plage.JPG   8 - carte Sète Corniche.JPG   9 - carte Sète Centre.JPG

 D’Ouest en Est, voici les trois passes de l’étang de Thau vers la mer (cliquer sur la carte pour l'agrandir)

 

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Photo panoramique montrant l’installation des « Tables » de Mèze vue depuis les hauteurs de Loupian.

 

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Emplacements des tables de conchyliculture

 

A la fin du XIXème siècle, les huîtres plates présentent à deux reprises des maladies que les chercheurs n’arrivent pas à expliquer (on les a appelés « épizooties » ; en fait, des maladies contagieuses qui touchent un grand nombre d’animaux) et qui déciment la production dans la totalité au Sud de la France.

 

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Huître portugaise

 

L’huître creuse du Portugal, puis celle du Japon, remplacera alors largement la production de l’huître plate française, qui ne représente plus aujourd’hui que 2% de la production française mais qui demeure un produit que les fins gourmets apprécient beaucoup (cf. entre autres « l’huitre Belon » dont le nom provient en fait de l’estuaire de la rivière dans l’eau de laquelle les conchyliculteurs bretons les affinent avant leur maturité complète pour leur donner un goût incomparable).

 

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L’huître Belon

 

 

DEUX FAITS NOUVEAUX VONT CHANGER LA FACE DE L'OSTREÏCULTURE MODERNE

 

Tout d’abord une anecdote survenue à la fin du XIXème ...

 

Jusqu’au XIXème siècle la France avait toujours produit des huîtres plates.

 

Le 14 mai 1864, le « Morlaisien », un petit cargo se trouve au large de l'embouchure de la Gironde. Il vient de Lisbonne où il a chargé des huîtres portugaises et remonte vers la Grande-Bretagne. Les tempêtes du Golfe de Gascogne sont terribles.

 

Le navire vient alors se réfugier dans la Gironde ; mais l'océan continuant à se déchaîner le contraint de demeurer à l’abri; il fut obligé de vider sa cargaison, craignant des risques sanitaires pour les consommateurs britanniques quant aux produits en putréfaction.

 

En fait, le capitaine n’attendit pas d’être en mer pour vider sa cargaison et jeta par-dessus bord son stock dans l'estuaire de la Gironde; et là, les quelques huîtres creuses portugaises qui avaient survécu se sont alors acclimatées, reproduites et ont proliféré dans cette eau saumâtre qu'elles apprécient.

 

Roulant dans les courants et sous les effets sous-marins des vagues et des tempêtes, elles colonisèrent petit à petit toute la côte charentaise. Elles proliférèrent et se posèrent même en concurrentes des huîtres plates, alors production traditionnelle de la Charente.

 

Lorsque dans les années 1920, une nouvelle épizootie ravagea les gisements d'huîtres plates et les parcs, les huîtres creuses, descendantes des creuses du « Morlaisien », résistèrent ! 

 

Depuis cette époque, l’huître creuse du Portugal a été introduite dans toutes les zones conchylicoles de France et notamment en Méditerranée.

 

Cette espèce, de son vrai nom « Griphé Angulata », devint la principale ressource conchylicole de toute la région Marennes-Oléron et sera exportée vers la Méditerranée. Elle le restera jusque dans les années 1970 puis sera, elle aussi, décimée par une nouvelle épizootie.

 

En 1971, suite à deux nouvelles épizooties qui touchèrent l’ensemble des gisements et à tout âge, l’importation de l’huître portugaise fût interdite en France.

 

Il a fallu alors trouver une solution de rechange car la production d’huîtres plates à cette époque est infime et ne suit pas la demande. Pour sauver leurs activités, les ostréiculteurs Marennais introduiront alors dans leurs bassins des huîtres japonaises proches des portugaises du « Morlaisien », les « Crassostréa Gigas ». Elles aussi, deviendront claires, fines de claires, et spéciales de claires * (cf. en fin d'article les différences existant entre ces appellations).

 

Après des premiers résultats plus que satisfaisants, les importations de « naissain » (On appelle « naissain » les larves de différents mollusques, notamment d'espèces faisant l'objet de cultures marines comme les huîtres ou les moules. Ce terme est le plus souvent employé au singulier pour faire référence à un ensemble de larves planctoniques) des japonais se sont faites en masse. L’acclimatation parfaite de cette espèce a permis sa reproduction dans les bassins du littoral français.

 

Aujourd’hui, la « Crassostréa Gigas », c'est le nom savant de cette huitre nippone, dont le naissain est produit non plus au Japon du fait de l’accident nucléaire de Fukushima, mais pendant un temps au Canada, nous a précisé notre hôte, Mr Soula, et maintenant sur la côte Charentaise, par une soixantaine d’entreprises spécialisées, constitue en France un peu plus de 98% de la production totale d’huîtres.

 

La Méditerranée ne produit plus d’huîtres plates. C’est un produit très fragile qui, certes, se vendait plus cher que les huîtres creuses mais il ne représente plus que 2% de la production française.

 

Quant à la culture des moules, elle proviendrait d’une « légende ». Vers 1235, une embarcation irlandaise aurait fait naufrage sur le littoral atlantique français. Le seul survivant, Patrick Walton, aurait installé des filets pour capturer les oiseaux au bord de l’eau afin de se nourrir.

 

Il remarqua alors le captage (terme technique conchylicole qui veut dire à la fois fixation ou collecte) et le grossissement des moules à ses filets. Il renouvela l’expérience et fut ainsi le pionnier de la mytiliculture. La mytiliculture en Méditerranée est particulière pour être faite en suspension tant dans les bassins comme dans l'étang de Thau qu’en pleine mer (les deux méthodes se répartissent à 50/50).

 

Puis, dans les années 1990, une nouvelle découverte : l’huitre creuse « triploïde » et son application commerciale... mais qui fait débat.

 

 

L’huître « triploïde », qu’est-ce que c’est ? 

 

L'IFREMER (Institut Français de Recherche sur l’Exploitation de la MER) fait le point sur la question:

 

L’huître « triploïde » est appréciée des producteurs - car sa croissance est plus rapide que celle de l'huitre traditionnelle, et des consommateurs - car elle possède des qualités gustatives comparables tout au long de l’année : son aspect est plus charnu que l’huître diploïde, son goût également plus constant; ce sont des caractéristiques qu’elle doit à sa très faible production de produits génitaux (spermatozoïdes et ovocytes); de ce fait elle consacre son énergie uniquement à sa croissance.

 

L’huître creuse traditionnelle, dite « diploïde », quant à elle, consacre l’essentiel de son énergie à sa reproduction en été. Elle devient « laiteuse » et sa croissance est stoppée.

 

  • L’huître creuse « triploïde » n’est absolument pas un Organisme Génétiquement Modifié (OGM)

 

Le matériel génétique  des huîtres creuses est composé de dix lots de deux chromosomes identiques. On dit qu’elles sont « diploïdes ». Les huîtres « triploïdes », elles, possèdent dix lots de trois chromosomes identiques. Le nombre de chromosomes varie, mais les huîtres « triploïdes » ont exactement les mêmes gènes que les huîtres « diploïdes ». Elles ne sont pas des OGM, puisque leur génome n’a pas été modifié, ainsi que le communique l’ANSES (ex-Agence française de sécurité sanitaire des aliments) dans un avis officiel paru en 2001.

 

On peut lire dans le même document que près de la moitié des espèces végétales de même que certains organismes marins existent naturellement sous forme « polyploïdes » et que des polyploïdes de betteraves, de truites… obtenus par l’homme sont couramment cultivés ou élevés et vendus aux consommateurs.

 

  • L’Ifremer a contribué à améliorer la méthode de production

 

 

D’abord développées aux Etats-Unis dans les années 80, les techniques de production des huîtres creuses « triploïdes » ont été améliorées par l’Ifremer dans les années 1990, à la demande de la filière conchylicole. La méthode actuelle consiste à croiser des huîtres diploïdes avec des huîtres tétraploïdes (qui ont dix lots de quatre chromosomes identiques). Ces dernières peuvent être obtenues par une méthode indirecte, dite « Rutgers » du nom de son inventeur, ou par une méthode directe à partir d’animaux diploïdes. L’Ifremer a déposé un brevet protégeant cette seconde méthode en 2007, et utilise cette méthode directe depuis 2010 pour fournir des huîtres creuses tétraploïdes aux écloseries françaises.

 

L’institut a exprimé son souhait dans le contrat d’objectifs Etat/Ifremer 2014-2018 (contrat définissant les objectifs de l’institut en concertation avec ses ministères de tutelle) de transférer l’activité de production des huîtres creuses tétraploïdes au secteur professionnel. La mise en place de dispositions réglementaires est depuis à l’étude pour un agrément des installations les produisant dans le respect de l’environnement.

 

  • Des mesures pour protéger l’environnement :

 

 

Les huîtres creuses triploïdes sont des animaux considérés comme non fertiles. En revanche, les huîtres tétraploïdes le sont : les animaux fournis aux professionnels par l’Ifremer depuis 1998 font l’objet d’une traçabilité rigoureuse, à l’aide d’une puce électronique fixée sur leur valve. Et leur mode de production est également contrôlé de près afin de maîtriser les risques d’échappement. Avant d’être rejetées dans le milieu naturel, les eaux issues des installations de production subissent notamment un traitement (chloration/UV) qui permet d’inactiver les gamètes.

 

  • Absence de risque sanitaire pour le consommateur :

 

 

L’avis de l’ANSES de 2001 stipule que « le caractère polyploïde des huîtres ne paraît pas constituer en lui-même un facteur de risque sanitaire au regard de l’existence de ce phénomène à l’état naturel, dans les règnes animaux et végétaux, et de son recul d’utilisation à des fins d’amélioration des espèces ».

 

  • Les huîtres creuses triploïdes sont-elles plus fragiles ?

 

Depuis 2008, les huîtres de moins d’un an sont touchées par des épisodes de mortalité importante : plus de 50% chaque année en moyenne. Cause principale : l’herpesvirus OsHV-1. Les huîtres triploïdes en sont autant touchées que les autres.

 

Depuis 2012, la bactérie « Vibrio aestuarianus » provoque aussi des épisodes de mortalité importante affectant les huîtres adultes. Or une partie de la profession a rapporté que les huîtres triploïdes seraient davantage touchées. Initiées en 2016, des études scientifiques sont en cours pour comparer différents lots d’huîtres triploïdes ou diploïdes ayant un fond génétique commun.

 

Les premiers résultats suggèrent que les huîtres diploïdes présentent une mortalité moindre de 15% en moyenne. Un résultat qui reste à confirmer.

 

  • L’huître triploïde présente-t-elle des caractéristiques morphologiques différentes des huîtres diploïdes classiques ?

 

La Réponse est OUI : elle se reconnait facilement par l’existence d’un « bec » à la pointe de la coquille.

 

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A gauche une huître traditionnelle diploïde, à droite une huître triploïde avec son « bec »

 

 

 

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L’huître triploïde se reconnait facilement par son bec à la pointe !

 

 

L’ACTIVITE CONCHYLICOLE MEDITERRANEENE AUJOURD’HUI…

 

Lors de la visite du « Mas Soula » avec mes copains du G20, au port Conchylicole du Mourre Blanc prés de Mèze, sur l’étang de Thau, où se sont regroupés 80 artisans conchyliculteurs, voici les informations que j’en ai retenu… 

 

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Le Port Conchylicole de Mourre Blanc, et au centre : Le Mas Soula.

 

Seconde activité agricole de la région Occitanie après la viticulture, la « conchyliculture » fait partie des activités qui ont forgé l’identité du territoire de l’étang de Thau.

 

C'est, de plus, une « activité sentinelle » de l’état de santé des milieux aquatiques, et par conséquent, de la bonne intégration des activités humaines à proximité du littoral.

 
Comme nous l’avons relaté dans son historique, la lagune de Thau est connue depuis l’antiquité pour ses coquillages, mais la véritable culture en masse organisée date du début des années 1900. 

 

La zone conchylicole de Thau et sa façade maritime, qui s’étend de la passe des Aresquiers à Frontignan, jusqu’au Cap d'Agde, est aujourd'hui la plus importante de la Méditerranée avec près de 600 producteurs qui se regroupent dans 480 exploitations, la plupart d'entre elles étant artisanales et familiales.

 

Elle procure 2000 emplois directs et autant d'emplois indirects (entretien des bateaux, des moteurs, des parcs à huîtres, transport et livraison, etc.).


La production à Thau et sa façade maritime représentent 80% de la production méditerranéenne !

 

Sur 7500 ha de lagune, 250 ha sont concédés en parcs à huîtres.

 

En mer, ce sont 3300 ha qui sont réservés à la culture marine, principalement des moules, la fameuse moule de Bouzigues.

 

Ces structures permettent de produire environ 9.000 tonnes d’huîtres par an et 6.000 tonnes de moules (dont 50% dans la lagune et 50% en mer).

 

La conchyliculture est une activité traditionnelle qui s'exerce sur des parcelles concédées par l'État sur le domaine maritime.

 

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Parc des Tables ostréicoles de Moure Blanc

 

Le bassin de Thau compte quelques 2750 tables occupant 352 hectares de surface concédée aux 480 exploitations annoncées par notre hôte en 2019.

 

 

DESCRIPTION DU METIER ET DEVELOPPEMENT DE L’HUÎTRE

 

Le conchyliculteur spécialisé dans la production de naissain, en général une des 40 entreprises de Marennes-Oléron intervient dès la ponte, en captant la laitance qui donne rapidement naissance à des larves immergées dans des enceintes d’eau de mer ou dans des bassins artificiels (écloseries).

 

Pour réaliser cette opération, il pose des supports solides, sur lesquels les larves viennent s’agglutiner et commencent à se transformer en petites huitres de la taille de l’ongle du petit doigt et c’est quand elles deviennent de la taille de l’ongle du pouce que l’écloserie va expédier le « naissain » aux artisans conchyliculteurs.

 

L’huître creuse japonaise « Crassostréa Gigas » est hermaphrodite avec sexualité alternative irrégulière. Les individus matures sont soit mâles, soit femelles (les cas d’hermaphrodisme simultané sont très minoritaires).

 

Les huîtres peuvent changer de sexe soit au cours d’une même saison de reproduction (rarement), soit au cours de saisons consécutives. Il existe une certaine protandrie chez cette espèce (pourcentage de mâles élevé chez les individus de 12 mois, atteignant 70 %).

 

Au cours de la seconde saison de reproduction, on observe 50 à 60 % de femelles tandis que, dans une population plus âgée, les femelles sont nettement dominantes.

 

La différenciation des sexes s’effectue à l’automne précédant la saison de reproduction.

 

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Voici du naissain d'un mois…

 

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Naissain d'huîtres de 2 mois dites « D » de la taille d’un ongle de pouce comme les livrent les écloseries

 

Dès réception du naissain, le conchyliculteur met les jeunes huîtres en vrac dans des paniers de pré-grossissement aussi appelés poches, lanternes ou pearl-netpoches à maille en plastique, où la petite huître « D » va commencer à se développer pendant 6 à 8 mois dès qu’il les aura immergés sur une de ses « tables » théoriquement aux environs du mois de septembre, mais cela peut se faire maintenant de septembre à juin.

 

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Naissain de jeunes huîtres de trois mois

 

Pendant l’hiver, l’eau est trop froide et les huîtres ne se développent pas tant que la température ne remonte pas au-dessus des 15°.

 

En 12 mois, les petites huîtres vont doubler de taille.

 

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Quelques poches de 10 Kg de petites huîtres « D » reçues en naissain vont être immergées par Mr Soula.

 

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Autre forme de poches « lanternes »

 

Il faut se rappeler, comme nous l’avons déjà signalé, que l’huître tout comme la moule de Bouzigues ne croit que dans une eau à température comprise entre 15° et 21°…

 

Mises en poche d’une dizaine de Kg dès la réception des sacs de naissain, les petites huîtres sont toutes agglutinées en vrac et plongées en immersion dans l’eau de l’étang. Les jeunes huitres vont se développer mais s’arrêteront de croître pendant l’hiver.

 

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Mr Soula immerge devant nous sur une table des poches de naissain qu'il vient de recevoir

 

Au printemps, quand elles auront repris leur développement et auront atteint la taille de 3 à 4 cm, elles vont être récupérées et le conchyliculteur va d’abord les « détroquer ».

 

Le « détroquage » - tout est dans le geste - c’est l'action de séparer les unes des autres les jeunes huîtres agglutinées dans une poche pendant 6 mois. D'un paquet d'huîtres on obtient plusieurs huîtres seules.

 

On dit que l’on « détroque » ou on « démanche » une huître. L'outil utilisé qui ressemble à un drôle de couteau est une « démanchoire », pour démancher.

 

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Couteau démanchoire

 

Une fois séparées, les petites huîtres qui mesurent 4 cm de long environ vont être collées en bouquets, trois par trois, sur une cordelette en matière synthétique imputrescible, à raison d’environ 35 bouquets par cordelette, soit tous les 20 cm avec un point de ciment que le conchyliculteur va déposer à la pointe des trois petites huîtres avec un pistolet du même genre que celui que l’on utilise pour les joints caoutchouc ou silicone qui seront ensuite suspendues en immersion sur une table.

 

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Pistolet pour déposer un point de ciment colle sur les bouquets de 3 huîtres

 

Au Mas Soula, pour coller les jeunes huîtres sur les cordelettes on utilise des plateaux recouverts de plastique ondulé qui permettent de tendre toutes les cordelettes en parallèle pour coller les 35 bouquets de trois tous les 20 cm.  

 

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Il utilise pour cela des tables revêtues de plaques en plastique ondulé (utilisées d'habitude pour les toitures)

Qu'il peut superposer pour tendre les cordelettes et cimenter les huitres par trois tous les 20 cm

 

Le conchyliculteur les fixera ensuite sur les barres horizontales des tables par faisceau de six cordelettes afin qu’elles commencent à grossir.

 

Le fait de les coller trois par trois va les obliger à se développer naturellement de la même façon en forme régulière de triangles isocèles pas trop allongés car autrement elles n'auraient pas assez d'espace et se gêneraient.

 

23 - faisceaux de 6 cordelettes d'huitres à 6 mois.jpg

Faisceau de 6 cordelettes d’huîtres de 6 mois.

 

Elles vont rester ainsi tout l’été jusqu’à l’hiver. Le conchyliculteur va ensuite les retirer et les détacher de la corde une première fois.

 

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Mr Soula a retiré de l’eau devant nous un faisceau de 6 cordelettes d’huîtres de 12 mois…

 

Puis il va à nouveau les coller avec du ciment trois par trois sur une nouvelle cordelette mais ne va les immerger que cordelette par cordelette et non plus en faisceaux pendant encore 6 à 12 mois mois environ jusqu’à ce qu’elles aient atteint leur taille adulte après 36 mois.

 

25 - Cordelette d'huîtres de 12 mois.jpg   l'huître en suspension.jpg

 Mr Soula retire de l'eau une cordelette d'huîtres de 24 mois pour nous les montrer...

 

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De gauche à droite, trois stades de développement des Huîtres (6 mois, 24 mois et adulte à 36 mois).

 

C’est ensuite, et enfin, l’étape du ramassage, du lavage, du triage et du pesage.

 

 

pearlnetpoches.jpg

 

Mr Soula utilise pour « laver » les coquilles une sorte de « machine à laver » artisanale qu’il a bricolé lui-même avec un gros tambour grillagé horizontal dans lequel les coquilles vont être débarrassées des petites algues et des petits coquillages qui s’y sont fixés.

 

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La machine à laver et les bassins de stockage avant mise en bourriches
 

Et les huîtres sont alors stockées en poches rectangulaire en attendant leur mises en bourriches de 6 à 10 douzaines ou plus, pour expédition et commercialisation.

 

Une douzaine d’huîtres calibre 3 (cf. le calibrage en fin d'article) - la plus courante - pèse environ 1 Kg.

 

huitres matures conservées en poches.JPG

Et voici l'huitre adulte calibre 3, prête à être expédiée

 

 

ABORDONS TOUT DE MÊME L'ANATOMIE DE L'HUÎTRE ...

 

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Avant de déguster sachons ce que l'on mange ! Mais que cela ne vous empêche pas de les apprécier !

 

Pour nous les faire déguster, Mr Soula vient d’ouvrir devant nous une bourriche de 12 douzaines d’huîtres en moins de 20 minutes montre en main avec une dextérité qu’on lui envie ! …

 

28 - Ouvertures des huîtres.jpg   12 douzaines d'huitres.jpg

12 douzaines d'huîtres ouvertes en moins d'une demi-heure… Quelle dextérité !

 

En fin de visite nous avons enfin droit à la récompense… L'apéritif au Picpoul de Marseillan spécialement adapté à la dégustation qui va suivre !

 

Picpoul ORMARINE.JPG   Mas_SOULA3.JPG 

 

Accompagné d'une douzaine de moules cuites au feu de bois, sur place, au dessus de l'atelier et une douzaine d’huîtres accompagnées de picpoul, le vin de cépage élevé à Marseillan… pas de dessert, mais un délicieux duo de tranches de thon rouge et d'espadon grillé à l’aïoli, à défaut de dorades dont l’étang est bien pourvu car elles adorent les petites huîtres, mais ce n’était pas la saison des dorades !

 

La qualité de l’eau, sa température et sa richesse en plancton (dont se nourrissent tous les coquillages) sont trois facteurs essentiels pour le travail du conchyliculteur, qui a pour seuls outils des barges, des « couteaux à détroquer » et des véhicules spéciaux de transport. Pour les autres outils, chacun s'est confectionné ce qui leur facilite la tâche, comme le machine à laver ou les bassins d'affinage et de stockage momentané de Mr Soula.

 

Par contre, les conditions de travail ne sont pas de tout repos : par tous les temps, ce métier s’exerce en partie dans l’eau, et les horaires sont irréguliers.

 

La tenue de travail de rigueur est le port de cuissardes, cirés, gants, bonnets… car hiver comme été, par temps de pluie ou par grand soleil, le conchyliculteur, en véritable fermier de la mer, s'applique à entretenir « ses champs », au rythme des étapes particulières qui jalonnent cette activité depuis l’élevage du naissain sur site en poches, jusqu’à l’affinage des produits et leur commercialisation.

 

Actuellement, la plupart des entreprises de conchyliculture sont des exploitations conchylicoles qui gère la totalité de la production, du captage à la vente. Ce sont traditionnellement des exploitations artisanales de petite taille (un chef d'exploitation et quelques ouvriers conchylicoles).

 

Métier de passion, la conchyliculture est aussi un métier d'enjeu ! La demande en fruits de mer n'a jamais été aussi forte qu'actuellement.

 

Cependant, l'activité est fortement liée au milieu naturel, et donc à sa qualité.

 

Les crises sanitaires (pollution humaine ou naturelle, appauvrissement et détérioration du milieu) ont un impact économique dévastateur sur la profession. Il y a donc, pour le conchyliculteur, un intérêt tout particulier à maîtriser les risques sanitaires, et donc à s'investir dans la protection de l'écosystème qu'il exploite, à mieux comprendre le cycle de vie et les risques naturels qui menacent les espèces qu'il cultive, et à diversifier sa production en exploitant de nouvelles ressources.

 

Il s'agit d'un travail très physique... Une bonne santé et le goût pour le travail en plein air sont donc de mise ! Il faut aussi être débrouillard en mécanique, et idéalement posséder les permis adéquats (certificat d'aptitude à la conduite des navires conchylicoles) : barge ou navire amphibie et chalands pour ceux de l’atlantique.

 

30 - Mr SOULA.jpg    31 - 20190619_114540_001.jpg
Mr Soula à la barre de sa barge conchylicole équipée d’un moteur HB Yamaha de 150 cv…

 

Enfin, le conchyliculteur qui possède sa propre exploitation doit avoir d'excellentes notions de comptabilité, de gestion humaine, et connaître à la lettre la législation qui s'applique à son type de production, d’ailleurs ce métier s’apprend désormais au lycée et il est maintenant exigé la possession d’un diplôme de conchyliculture pour exploiter une entreprise conchylicole.

 

 

L'HUITRE, C’EST UN BON PLAN SANTE

 

Grâce à tous ses apports en nutriments, l'huître offre des apports bénéfiques sur la santé, pour très peu de calories. L'huître est donc à consommer... sans modération !

 

L'huître est particulièrement riche en vitamine B12, en cuivre, en fer, en zinc, ainsi qu'en plusieurs autres nutriments. Remplie d'Oméga-3, elle offre des effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire.

 

L'huître bénéficie d'une teneur en lipides plus élevée que dans d'autres fruits de mer.

 

Ainsi, elle est davantage source de vitamines A et D. L'huître est peu calorique : 60 calories pour 100 g. Malgré cela, elle nous apporte des protéines de qualité et de nombreux éléments très utiles à l'organisme.

 

On lui associe par là même des bienfaits revitalisants, reconstituants voire thérapeutiques. Autrefois, c'est ce que l'on prescrivait à des enfants à la santé fragile.

 

Les principes actifs de l'huître sont :

• Acides gras oméga-3

• Phosphore

• Fer

• Zinc

• Cuivre

• Sélénium

• Vitamine B2

• Vitamine B12

• Vitamine B3

• Manganèse

• Iode

• Acide pantothénique

• Vitamine D

 

Depuis des années, les huîtres de l’étang de Thau, sont en proie à des interdictions diverses épisodiques, cependant il n’y a aucun risque à en consommer, en dehors des périodes d’interdiction bien sûr, car elles sont « ultra-surveillées ».

 

Notre hôte, Mr Soula rappelle que « Sur l'étang de Thau, nous avons neuf points de surveillance, ailleurs, il y en a un, voire deux. Aujourd’hui, sur l’étang, les pollutions causées par l’homme existent, même si elles sont minoritaires, notamment lors de fortes pluies, quand les réseaux fluviaux débordent et enfin quand des algues non souhaitées prolifèrent. Les problèmes sont principalement d’ordre naturels ».

 

 

UNE DEMARCHE QUALITE EST EN ROUTE : L’IGP « HUÎTRE DE THAU »

 

L’IGP veut dire « Indication Géographique Protégée », c’est un label de qualité, propriété de la Communauté Européenne créé en 1992, et un signe d’origine et de qualité reconnu dans toute l’Europe. Il est lié à un espace territorial reconnu et réputé et cette labellisation permet de gagner la confiance du consommateur Européen.

 

Le 5 mars 2016, une trentaine de professionnels a participé à une réunion de présentation de la démarche IGP « Huître de Thau » à la Maison des Savoirs à Mèze.

 

Ce rendez-vous a permis de présenter les différentes étapes de la démarche et les exigences liées à l’obtention du label IGP sous 24 mois à 3 ans.

 

Les professionnels de l’étang de Thau sont nombreux à être partants pour cette démarche ; 56% d’entre eux se sont dits intéressés lors de l’enquête menée par le CEPRALMAR en 2016 sur 135 entreprises interrogées. Ils sont bien plus nombreux aujourd’hui.

 

L’IGP permettrait de protéger le nom « Huître de Thau », de valoriser le territoire, de résister face à la concurrence des autres bassins de production au niveau des prix et de faciliter la communication sur un mode de production et un produit spécifique.

 

Une mention « Premium » sera mise en place pour « l’huître exondée » (je vous rappelle : l’exondation est l’action de sortir de l’eau les huîtres pendant une journée comme si elles subissaient l’effet d’une marée) au minimum 12 fois sur une période allant de septembre à mai.

 

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Les 2 labels convoités, IGP et Label Rouge

 

Un « Label Rouge » et une mention spéciale « Excellence » pour les huîtres bénéficiant d’un taux de remplissage de 18% sont à l’étude pour le très haut de gamme.

 

La démarche d’obtention de l’IGP est portée par « l’OP Thau », l’Organisation des Producteurs de l’étang de Thau regroupés sous une même casquette et doit répondre à un cahier des charges spécifique décrivant le produit, ses caractéristiques, ses conditions d’élaboration spécifique et son lien avec le territoire.

 

Pour que les huîtres bénéficient de l’IGP, elles devront avoir été élevées durant six mois minimum dans l’étang de Thau par les établissements situés sur Bouzigues, Frontignan, Loupian, Marseillan, Mèze ou Sète. La purification et le conditionnement devront également avoir lieu dans les mas conchylicoles de ces communes.

 

L’instruction des demandes est assurée par l’INAO puis homologuée et enregistrée par les ministères de l’Agriculture et de l’Economie et par la Commission européenne.

 

La démarche nécessite donc de justifier les liens entre le produit et le territoire, l’INAO demandant une déclinaison argumentée sur le lien entre le nom « Huître de Thau » et le territoire. Une recherche est donc lancée pour réunir les documents faisant référence au nom « Huître de Thau » ainsi que toutes les démarches engagées récemment visant à améliorer l’image de la lagune et à promouvoir le nom de « Thau ».

 

Au plan de la communication, il est prévu la création d’une identité à partir du logo « Huîtres de Thau » et d’éléments de langage. Une présentation de l’IGP « Huîtres de Thau » serait réalisée à l’occasion de diverses manifestations (salon de l’agriculture, fête de l’huître, marchés de proximité, communication auprès des partenaires institutionnels, relation publique et presse).

 

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Les deux labels de la région Occitanie

 

La certification pourrait intervenir d’ici la fin 2019. La démarche est soutenue par la Région, le Département, Sète agglo-pôle Méditerranée, le CEPRALMAR, l’IRQUALIM et animé par la Fédération des IGP de l’Hérault.

 

 

* QUE SONT LES HUÎTRES EN CLAIRE, FINES DE CLAIRE, SPECIALES EN CLAIR ? 

 

 

Ce qui suit ne concerne que l'huître Marennes-Oléron. Il existe effectivement quatre types d'huîtres Marennes-Oléron : la fine de claire, la spéciale claire, la fine de claire verte (Label rouge) ou encore la pousse en claire (Label rouge). Du fait de l’épaisseur de leur coquille, les huîtres affinées ou élevées en claire se conservent mieux. Elles peuvent se garder une bonne semaine à une température comprise en 5 et 15°C.

 

Qu'est-ce que l'affinage en claire ?

 

Sur plus de 3000 hectares, les huîtres Marennes-Oléron bénéficient d’une technique d’élevage et d’affinage particulière : elles sont affinées et élevées en claire.

 

Ancien marais salant reconverti, les claires sont des bassins en argile qui se remplissent à marée montante et conservent l’eau quand la mer se retire.

 

Peu profonds, les bassins sont exposés aux rayons du soleil qui permettent le développement rapide du phytoplancton, dont les huîtres se nourrissent. Après deux ans passés dans les parcs, les huîtres passent en claire, ce qui leur confère une saveur particulière attachée au terroir.

 

Les fines de claire :

 

Il existe deux sortes de fines : la fine de claire verte (Label rouge) et la fine de claire. Toutes deux sont affinées de la même façon, en bassin 28 jours minimum à raison de 3 kg par m² de novembre à Mars ; à la différence que la première se nourrit d’une micro-algue qui lui confère sa couleur verte, tant appréciée des consommateurs.

 

Le terroir dont elles dépendent les rend uniques : plus de 3000 hectares des rives de la Seudre à la côte Est de l’île d’Oléron, en passant par la côte de Bourcefranc-Le-Chapus au Port des Barques.

 

La spéciale de claire :

 

Si elle est plus ronde et plus charnue que les fines de claire, elle est également affinée en bassin pendant 28 jours à raison de 3 kg par m². Les spéciales sont sélectionnées préalablement par l’ostréiculteur, pour leur forme : c’est sa concavité qui permettra le développement d’une chair plus abondante.

 

Ce sont les seules huîtres françaises (pour le moment espère bien notre hôte Mr Soula!) bénéficiant d’une Indication Géographique Protégée (IGP) Huîtres Marennes Oléron. La fine de claire verte a été le premier produit de la mer labellisé en France, en 1989.

 

Ces huîtres doivent ainsi remplir trois conditions : être élevées sur la façade Atlantique française, être affinées en claires dans l’une des 27 communes du bassin et enfin être conditionnées dans la zone Marennes-Oléron. 



Les huîtres Marennes Oléron -

 

De gauche à droite : la fine claire, la pousse en claire, la fine de claire verte et la spéciale de claire

 

La pousse en claire :

 

Pendant longtemps, les ostréiculteurs ont gardé cette huître pour leur consommation personnelle tant elle est rare et d’une saveur exceptionnelle.

Cette huître Label rouge est élevée et affinée (contrairement aux autres qui ne sont qu’affinées en claire) à très faible densité à raison de 5 huitres au m² maximum, pendant 4 à 8 mois : une technique à laquelle elle doit sa texture très charnue, croquante, sa couleur nacrée, sa saveur sucrée et une longue teneur en bouche.

 

 

« L'HUITRE TRIPLOÏDE » : CE QUI FAIT DEBAT

 

 

La production française d’huîtres triploïdes représente environ 30 % du total. Pour autant, le sujet est controversé au sein même de la filière et parmi les consommateurs.

 

Les producteurs craignent :

      • Une assimilation par le public de l’huître triploïde à un OGM ce qu’elle n’est pas, d’où résulteraient des difficultés de commercialisation.
      • Un risque environnemental lié à la diffusion accidentelle en mer des mâles tétraploïdes (ce risque est très contrôlé, cf. note IFREMER ci-dessus).
      • Une sensibilité aux pathogènes plus grande des tétraploïdes (ce qui n’est pas le cas, cf. note IFREMER)
      • Une réduction de la diversité génétique liée à la sélection des parents, par rapport à celle des naissains résultant de captage en milieu naturel, mais dans ce cas les risques pathologiques peuvent être plus élevés, par rapport au naissain provenant d’écloseries.

 

Il s’agit donc essentiellement de craintes suscitées par la concurrence possible entre deux méthodes d’élevage différentes.

 

Pour le consommateur, il faut regretter que le choix entre les huîtres issues de captage en mer ou d’écloseries (huîtres diploïdes ou triploïdes) ne puisse s’exercer en l’absence actuelle de système d’identification.  

 

 

 

AH, J'ALLAIS OUBLIER LE CALIBRE DES HUÎTRES !

 

 

Le calibre définit la taille des huîtres : de 0 à 5 pour les huîtres creuses, de 000 à 6 pour les huîtres plates. Plus le numéro est petit, plus la taille de l’huître est importante.

 

Comme nous n'aurons pas souvent l'occasion d'acheter des huîtres Belon (dont le calibre va de 000 pour les plus grosses à 6 pour les plus petites), je ne vous parlerai donc que du calibre des huîtres creuses qui se mesure de 1 à 5.

 

Une huître du calibre  0 pèse plus de 150 g et il n'y en a que 6 au Kg ! 

1 pèse de 121 à 150 g et il y en a   6 à   8 au Kg 

2 pèse de   86 à 120 g et il y en a   8 à 11 au Kg 

3 pèse de   66 à   85 g et il y en a 11 à 15 au Kg

4 pèse de   46 à   65 g et il y en a 15 à 23 au Kg

5 pèse de   30 à   45 g et il y en a 22 à 33 au Kg

  

 

 Pour ma part je préfère des huîtres moyennes calibre 3 plus agréables à déguster, même si ça donne un peu plus de travail pour les ouvrir !  

 

… et pour terminer, citons, pour mémoire, que les spécialistes font aussi le distinguo entre deux huîtres par son « Indice de Chair ».

 

On appelle « Indice de Chair » le rapport entre le poids de la chair égouttée et le poids total de l’huître.

 

« L’Indice de Chair » varie d’une huître à une autre en fonction notamment de son origine et de son mode d’élevage.
On différencie par exemple les huîtres fines (dont l’indice de chair est compris entre 6,5 et 10), qui sont moyennement charnues, et les huîtres spéciales (dont l’indice de chair est supérieur à 10,5) et qui ont un volume de chair plus important.

 

Mais laissons cela aux spécialistes et contentons-nous de déguster !

 

 

 

VOUS APPRECIEZ LES HUÎTRES... mais vous ne les connaissez pas encore suffisamment ? 

 

 

Pour faire la différence entre une Spéciale et une Fine de claire, entre une huître normande et une huître de Marennes-Oléron, entre une huître bretonne, une huître d’Arcachon ou une huître de Bouzigues ?

 

Nous allons essayer de vous confier, ici, quelques-unes de leurs particularités et, notamment, le prix.

 

Un prix qui peut toutefois varier de 1 à 10, selon le calibre, selon l'origine ou selon que vous l’achetez sur la côte atlantique, la côte méditerranéenne, à un conchyliculteur, chez un écailler de restaurateur ou de grande surface, sur un marché ou chez un poissonnier.

 

meilleures-huitres-du-monde.jpg

 

Trouvez donc dans l'ordre le « top 10 » des huitres auquel j'ai, - Cocorico -, ajouté l'huître de l'étang de Thau !

 

  • L’huître Gillardeau : La Rolls de l’huître, est optimisée, bonifiée et même gravée. Plus de 60 manipulations sont effectuées pour un goût, au final, moelleux et sucré. Un tarif qui peut aller jusqu’à 36, voire 40 euros la douzaine. La Maison Henri Gillardeau, du nom de son fondateur, un ostréiculteur de Marennes-Oléron, a été fondée en 1898; c'est le berceau d'un véritable bijou du patrimoine gastronomique français, qui cultive l’exigence de l’excellence depuis quatre générations… Les huîtres Gillardeau sont individuellement marquée au laser sur la coquille du le « G » de la marque ! 

 

 
  • La Pousse en claire : Originaire de Marennes-Oléron, elle est élevée en claire en très faible densité. Chair croquante, goût sucré et long en bouche. Tarif de 34 à 40 euros la douzaine.

 

 
  • La Plate sauvage Rade de Brest : Charnue, colorée et goûteuse, elle provient d’un gisement naturel. On la trouve autour des 30 euros la douzaine.

 

 
  • L’Utah Beach : Savoureuse et particulièrement fine, tout en restant longue en bouche, cette huître originaire de Normandie est très appréciée. Elle peut se situer entre 28 et 32 euros la douzaine.

 

 
  • La Pied-de-cheval de Cancale : Huître plate, ronde, elle tient son nom de sa ressemblance à un pied de cheval. Une huître sauvage au goût unique qui peut se négocier autour des 30 euros la douzaine.

 

 
  • L’Isigny : Une huître pulpeuse, douce et croquante. Cette huître normande, de par son origine, est plus iodée que les huîtres de Marennes. Elle se situe autour des 20 à 30 euros la douzaine.

 

 
  • La Fine de claire : Une huître de pleine mer ramenée en claire pendant 1 mois pour l’adoucir. Tendre et gustative, cette huître de Marennes-Oléron se négocie entre 22 et 26 euros la douzaine.

 

 
  • La Creuse fine de Paimpol : Grasse et délicieuse, cette huître bretonne est élevée en pleine mer. On la trouve entre 15 et 20 euros la douzaine.

 

 
  • La Belon : De son vrai nom Aven-Belon, cette huître bretonne est issue de 3 estuaires du Finistère sud où, entre marées et brassage d’eaux douces, elle s’affine naturellement. Une huître qui se situe aussi entre 15 et 20 euros la douzaine.

 

 
  • La Gravette : Spécialité d’Arcachon, on y trouve des huîtres sucrées et lactées avec des arômes délicats, très typées du fait du plancton local. Une huître au tarif avoisinant les 10 euros la douzaine, selon l’espèce et l’origine plus précise.

 

 
  • L'huître de l'étang de Thau : que pour ma part je privilégie parce que je fais confiance au conchyliculteur qui prend la peine, tous les samedis matin de les amener toutes fraichement récoltées sur le marché de producteurs bio de Villeneuve-lez-Avignon et ne les vends que 8 euros la douzaine dont il me rajoute toujours la treizième avec le sourire !

 

 

 


 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

LE CRCM (Comité Régional Conchylicole de la Méditerranée) dont les employés et le site de THAU-INFO, la feuille de chou locale, m’ont fourni l'essentiel des données chiffrées de cet article.

 

Nota Bene : Jusqu’à la fin du 19ème siècle, il n'existait aucune « OP » (Organisation Professionnelle). Ce n’est qu’à partir du moment où les premiers élevages sont expérimentés, d’abord dans les canaux de Sète, puis dans la lagune de Thau, que le besoin d'un collectif professionnel s’est fait sentir.

 

Roger TUDESQ, en 1950 prend la Présidence du CLIOCM (Comité local Interprofessionnel de l’Ostréiculture et des Cultures Marines) qu’il laisse en 1958 à M. Louis ROUVIERES qui œuvrera pour l’activité conchylicole jusqu’en 1972. A partir de 1972, il gravit l’échelon national en devenant président du CIC (Comité Interprofessionnel de la Conchyliculture) jusqu’en 1982 tandis que M. François BONDON sera élu Président de la Section Régionale du CIC devenu SRCM de 1973 jusqu’en 1991, date de son décès.

 

De 1991 à 2004, c’est M. Jean-Claude ARCHIMBEAU qui a repris la présidence avant de démissionner et depuis 2004, c'est M. Philippe ORTIN qui assure le poste de Président du SRCM devenue CRCM en 2011.

 

Pour votre information, le CRCM regroupe les professionnels de :

Thau : 580 producteurs

Fos/mer : 50 producteurs

Leucate et Barcarès (Aude) : 30 producteurs

Toulon : 8 producteurs

Port-Vendres : 8 producteurs

Gruissan : 2 producteurs

Corse : 2 producteurs

 

« Développer l'activité conchylicole, préserver la qualité du milieu maritime dont elle dépend et structurer la profession, telles sont les missions du Comité Régional Conchylicole de la Méditerranée, interlocuteur unique autorisé des Pouvoirs Publics pour la Méditerranée ».

 

FISH & FICHES : le site d'un écailler parisien qui expédie des huîtres via l'internet… et à qui j'ai emprunté sans vergogne le « top 10 » des meilleures huîtres du monde.

 

IFREMER, par son expertise, elle a pour mission du gouvernement français, la surveillance de la santé des mollusques marins, ainsi que du soutien à la filière conchylicole. 

 

En consultant leur site internet et en interrogeant un de leurs anciens ingénieurs à la retraite, j'ai pu constater l'expertise de cette entreprise et l'exactitude des informations données plus haut.

 

Ce faisant, j'ai découvert l'information tombée aujourd'hui même, 26 juin 2019 à 17h30, selon laquelle trois années d'expérimentation préindustrielle en milieu réel prouvent que la solution inédite de traitement des fumées industrielles par la culture de microalgues n'est pas une utopie et fonctionne !  

 

Cela laisse entrevoir des progrès considérables quant à l'amélioration de la qualité de l'air que nous respirons, le jour même où des pics de pollution sont enregistrés un peu partout en France particulièrement pendant cette alerte caniculaire de juin 2019

 

… Au moment-même où j'écris cette phrase, le thermomètre indique 44°C à Villeneuve-lès-Avignon dans le jardin ! Vous ne me croyez pas? C'est pourtant ce que je viens de constater sur le thermomètre à l'ombre de la vigne et ce qui est écrit par Météo-France dans la marge en haut à gauche de ce site internet)

 

météo à villeneuve le 26-6-2019.JPG

 

 


 

 



21/06/2019
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