INDIGNEZ-VOUS ! STEPHANE HESSEL VIENT DE NOUS QUITTER...

 « C'est en essayant d'être heureux soi-même qu'on peut essayer de rendre les autres heureux ! »

 

Au lendemain de Noël 2010, pour présenter mes voeux de fin d'année à tous mes copains, j'avais dévalisé la Maison de la Presse de mon village où j'avais fait l'acquisition de tout le stock qu'elle avait reçu de « Indignez vous », une trentaine de ce petit opuscule, que venait de publier Stéphane HESSEL car, même s'il ne correspondait pas tout à fait à mes idées politiques, il correspondait exactement à l'état d'esprit humaniste que je revendique...

 

     

 

J'ai appris ce matin, 27 février 2013, que ce grand homme vient de nous quitter à l'age de 95 ans!

 

Et je me dois d'en faire un court panégyrique pour ceux de mes lecteurs qui ne s'y seraient pas interessés, en même temps que je vous engage à visionner la vidéo publiée en fin d'article.

 

Stéphane HESSEL est né à Berlin en 1917, d'un père Juif, écrivain et traducteur et d'une mère mélomane, écrivaine également.

 

Dès 1924, ils s'établissent à Paris. La famille est naturalisée française en 1937, et le petit Stéphane a la possibilité d'entrer à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm en 1939.

 

La guerre interromp ses études; il est mobilisé et rejoint la France Libre du Général de Gaulle en mai 1941.

 

Il participe à la création du CNR (Conseil National de la Résistance) officiellement déclaré le 27 mai 1943, sous la Présidence de Jean MOULIN, et il travaille à Londres au bureau du contre-espionnage.

 

En 1944, il est débarqué en France clandestinement pour préparer le débarquement allié avec mission d'entrer en contact avec les différents réseaux de Résistants.

 

Il est arrêté à Paris par la Gestapo le 10 juillet 1944 et après les interrogatoires d'usage sous la torture, notamment celle de la baignoire, il déstabilise ses tortionnaires en leur parlant parfaitement allemand, et pour cause.

 

Il est envoyé au camp de Buchenwald dès le 8 août 1944, à quelques jours de la libération de Paris, mais grâce à la compassion d'un médecin allemand du camp qui lui offre in extrémis avec deux autres prisonniers, à la veille de sa pendaison, la possibilité d'y echapper en échangeant son identité contre celle d'un français décédé du typhus dans le camp, et sous son nouveau nom de Michel BOITEL, fraiseur de métier, il est transferré au camp de Rottleberode dans l'usine des bombardiers allemands Junkers.

 

Heureusement, il n'a pas à démontrer son savoir faire de fraiseur usurpé car il est affecté à la comptabilité !

 

Il s'évade une première fois, mais il est rattrappé et envoyé au camp de Dora, où sont fabriquées les fusées V-1 et V-2 avec lesquelles les allemands espèrent encore gagner la guerre.

 

Il s'en évade à nouveau et a la chance de tomber dans sa cavale sur les troupes alliées qui se rapprochaient de Dora.

 

Enfin, il retrouve Paris et sa famille.

 

Après avoir réussi le concours d'entrée au Ministère des Affaires étrangères il devient diplomate.

 

En tant que tel, c'est son premier poste, il est affecté aux Nations Unies et mis au service d'Henri LAUGIER, Secrétaire de la Commission des Droits de l'Homme, qui lui propose d'être son chef de cabinet.

 

C'est en tant que tel, qu'il sera amené à rédiger la première ébauche de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme en collaboration avec le Canadien John Peters HUMPHREY, avocat et diplomate, proche collaborateur de LAUGIER, dans la commission composée de 12 membres dont quelques uns ont joué un rôle capital en la personne de :

 

  • Eléanor ROOSEVELT, la veuve du Président, qui préside la commission,
  • le Docteur Chinois Chang, son vice-Président,
  • le Libanais Charles Habib MALIK, rapporteur de la Commission et élément moteur,
  • René CASSIN, juriste, diplomate du Quai d'Orsay.    

 

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme fut définitivement adoptée par les Nations Unies au Palais de Chaillot le 10 décembre 1948 par 48 états sur les 58 membres des Nations Unies.               

 

 

Toute sa vie professionnelle, il la consacre à la diplomatie, et à deux ans de la retraite, il est nommé ambassadeur. Disposant d'un passeport diplomatique, il ose se rendre en 2008 et en 2009 dans la bande de Gaza pour témoigner de la douloureuse existence des Palestiniens de Gaza en déclarant à son retour « qu'il s'est, toute sa vie, situé du coté des dissidents »! 

 

Sa dernière fonction officielle fut de représenter la France à la conférence de 1993 sur les droits de l'homme à Vienne, en pleine guerre des Balkans.

 

Il ne faiblira pas en ayant pris sa retraite. Politiquement, il reste ancré à gauche, soutenant Europe Écologie lors des élections européennes de 2009 et la candidature de François Hollande en 2012. Son engagement séduit et irrite aussi. Ses positions pro-palestiniennes attirent les critiques.

 

En 2010, le bureau de vigilance contre l'antisémitisme dépose contre lui une plainte pour provocation à la discrimination, la haine et la violence parce qu'il a appelé au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël.

 

La mème année, il publie un livret de 12 pages à 3 €  « Indignez vous »! chez Indigène,  une petite maison d'édition toulousaine. Il exhorte dans ce texte les jeunes générations à conserver un pouvoir d'indignation.

 

« Indignez vous »!

 

Le succès est incroyable. L'ouvrage se vend à 4 millions d'exemplaires dans une centaine de pays et favorise la naissance des mouvements des Indignés en Europe et en Amérique.

 

 

Il endosse avec aisance le rôle de figure tutélaire, surfant sur le succès, répétant inlassablement ses messages dans plusieurs livres qu'il publiera dans la foulée dans lesquels il réaffirmera son message.

 

Et tant pis pour les pisse-vinaigre qui lui reprocheront ses prises de position quant aux difficultés des habitants de la Bande de GAZA où il est allé trainer ses guêtres. Il est l'un de ceux qui ont osé dire tout haut ce que des quantités d'hommes libres pensent lâchement tout bas.

 

Quand on accule un peuple dans un avenir sans espérance, comment voulez-vous qu'il réagisse ? Je pense sincèrement qu'il a eu raison de pousser son coup de gueule. Ca n'a, hélas, pas changé grand chose, si ce n'est alerter l'opinion; mais de quel droit des hommes, même s'il se sont senti opprimés il y a bien longtemps ont-ils le droit d'oppresser d'autres hommes ?

 

Le temps est venu où il faut se mettre autour d'une table et songer humainement à ce qui peut être fait... Que chacun se prépare à faire un petit pas vers l'autre et ils arriveront bien à trouver un terrain d'entente !

 

Pour ceux qui n'auraient pas lu le petit opuscule « Indignez vous », j'en possède encore quelques exemplaires et pourrais les préter à qui me les demanderait.

 

Gémissons, gémissons, mais espèrons, car il est l'un de ces Grands Hommes qui nous ont indiqué la voie ! Nous nous devons de la suivre.

 




27/02/2013
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