LE VER A SOIE CEVENOL

  

Petite musique de Charles GOUNOD dans son opéra « Mireille »,

afin de vous mettre dans l'ambiance et vous rappeler les Magnanarelles... !

 


 

 

Bombyx Mori 3.jpg

N'est il pas beau le Bombyx du Murier, « soyeux »,

c'est normal pour un générateur de soie, mais un peu sévère ?

 

A l’été 2015, nous avions écrit un article sur l’abeille, « le seul insecte capable de fabriquer sa nourriture », et « l’un des deux seuls insectes dont l'homme exploite la production », l'autre était le bombyx du murier utilisé pour produire la soie.

 

Et nous nous étions promis d’en parler un jour, puisque notre maison de Villeneuve où plusieurs magnaneries s’étaient installées au 17ème siècle, n'était autre que la teinturerie des écheveaux de fils de soie de l'Abbaye de la Chartreuse que les moines ont exploité pendant plus d’un siècle et dont ils envoyaient la production au tissage à Lyon!... 

 

Tout comme l’abeille, ce que l’on nomme communément « le Ver à soie » est une véritable petite usine chimique biologique, et nous allons la découvrir ensemble puisque au cours du long weekend de Pentecôte 2017, nous avons visité plusieurs magnaneries dans les Cévennes, dont le MUSEE DE LA SOIE à Saint Hyppolite du Fort, à l’extrémité Ouest du département du Gard et à la magnanerie de la Roque dans la vallée Française en Lozère.

 

Le Ver à soie est en fait le résultat d’une des phases larvaire de la vie d’un beau papillon nocturne que l’on nomme le « Bombyx Mori ».

 

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N’est-elle pas trognon, la tête de notre ver à soie vue de très prés ?

Ce qu'on prend pour des yeux sont en fait les filières de la soie...

 

Le nom du papillon « Bombyx Mori » provient à l’origine des « Maures » car il nous est arrivé d’Orient par les Arabes, les Maures comme on les nommait autrefois, empruntant la route de la soie, et son ancêtre, le « Bombyx Mandarina » – Bombyx Mandarin est plus explicite - était élevé en Chine et dans l’Asie du Sud-ouest il y a plus de 4000 ans.

 

Le Bombyx Mori est un papillon un peu spécial car il n’existe pas dans la nature à l’état sauvage. C’est un insecte hybride obtenu de façon artificielle par l’homme grâce à des sélections successives, objet de la « Sériciculture », qui est, en fait, l’élevage du ver à soie.

 

En provençal, on donne au ver à soie le nom de « magnan », mais c’est à partir de ce mot qu’on nomme l’éleveur de ver à soie ou plutôt son féminin immortalisé par Charles GOUNOD dans son opéra « Mireille » qui est « Magnanarelle » parce que c’était presque toujours les femmes qui s’occupaient de « l’éducation » des magnans, pendant que les hommes travaillaient aux champs et rapportaient les quantités de feuilles de murier blanc nécessaires pour les nourrir. De même, la ferme où sont élevés les vers à soie se nomme une « magnanerie ».

 

À l’origine, après de sévères sélections, le magnan n’existait dans le commerce que sous forme d’œufs que l’on nommait la « graine » de magnan.

 

20170603_154203.jpg   Graines de ver a soie.JPG
La femelle s'accouple au petit mâle venu la draguer et pond aussitôt ses œufs fécondés...

après quoi elle se laisse mourir !

 

Ces petits œufs d’un diamètre de 1 à 2 mm proviennent de la ponte de la femelle, qui intervient trois jours après avoir été ensemencée par le mâle.

 

À l'état adulte, dès qu’il est sorti de son cocon, le bombyx ne prend plus aucune nourriture ni ne boit quoi que ce soit. En fait, ses œufs sont entièrement développés quand la femelle est au stade de la chrysalide et ils sont prêts à être émis en une ponte unique et abondante au moment où l'adulte femelle sort de la chrysalide et qu’ils seront fécondés quelques minutes avant la ponte par le mâle à l’affut.

 

Il faut signaler que le papillon mâle, seul, peut se déplacer en voletant maladroitement; la femelle qui demeure à l’endroit où elle est sortie de sa chrysalide attire le mâle par son odeur, une phéromone nommée « Bombykol ».

 

La femelle est capable de pondre de 300 à 700 œufs de couleur blanchâtre à jaune selon sa variété, trois jours après sa fécondation par le mâle. Après leur sortie du cocon et donc de la ponte, mâles et femelles adultes ne se nourrissent plus jusqu’à ce que mort s’ensuive dans les 72h.

 

Mais nous allons examiner cela dans le détail après avoir fait un bref historique de l’apparition de la soie et son industrie.

 

Petite vidéo de 2 minutes présentant le Musée de la soie donnant un aspect de l’élevage du Bombyx…

 

 

 

Tout commence par la chenille… qui construit son cocon

Voici une petite vidéo de moins de 4 mn qui présente, en accéléré :

la boulimie du ver à soie et le filage de son cocon...

 


 

 

 

HISTOIRE DE LA SERICICULTURE

 

L’art de la soie ou « sériciculture » est né en Chine 2700 avant notre ère et la technique de fabrication est demeurée secrète pendant près de 2000 ans pour sauvegarder le monopole du commerce des soieries qui transitaient par la fameuse « Route de la Soie » depuis la Chine jusqu’en Europe dont voici une carte qui reprend son itinéraire pendant près de 1000 ans de 400 ans avant J-C jusqu’à 600 ans après J-C…

 

6 _ Route de la Soie.jpg

 

La sériciculture finit cependant par migrer progressivement en Corée, puis au Tibet vers 400 avant J-C, et enfin au Japon et en Inde.

 

Sous l’empereur romain Justinien (527 – 565) le murier blanc fut introduit dans l’empire byzantin à partir de la Perse. Tout le Péloponnèse (en Grèce) fût planté en muriers.

 

Dès 636, les Arabes se sont emparé de la Perse, d’une partie de l’empire Byzantin puis ont poursuivi leur expansion vers le Maghreb et l’Espagne. L’Andalousie au Xème siècle ne tarde pas à se hisser à la première place des producteurs Européens.

 

La Sicile est d’abord Byzantine puis musulmane de 830 à 1071 et enfin Normande sous Roger II. Ce dernier pille les villes Byzantines de Corinthe et de Thèbes en 1147 et déporte à Palerme les ouvriers spécialisés dans la production de la soie. La Calabre et les Pouilles font partie de son Royaume et la sériciculture est ainsi introduite en Italie où elle va progressivement se diffuser. 

 

 

La diffusion sera ensuite lente et progressive dans tout le bassin méditerranéen en même temps que celle de l’islam.

 

En France, comme dans les autres pays européens, le tissage de la soie a donc précédé l’élevage du ver à partir de fil importé de Chine dont on ne retrouve des traces qu’au XIème siècle.

 

Les premiers muriers ne seront plantés en Provence qu’en 1266 à la suite de l’expédition de Charles d’Anjou à Naples, et, à peu près à la même époque, ils seront introduits dans les Pyrénées par les Maures, via l’Espagne.

 

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Le murier de notre placette n'est pas un murier blanc... il est stérile et ne fait que de l'ombre.
 

murier 3.JPG  Les jeunes pousses du murier.JPG

 

Ramassage des feuilles de murier.JPG  Murier 1.jpg
Le murier blanc a des fruits rouges qui virent au noir lorsqu'ils sont murs,

mais ses feuilles sont plus arrondies...

 

L’élevage du ver à soie et la fabrication de fil de soie semble avoir existé dans les Cévennes dès la fin du XIIIème siècle. Un acte notarié de 1296 cite l’existence d’un certain Raymond de GAUSSARGUES à Anduze, « trahandier » de son métier, c'est à dire « tireur de soie » (le verbe latin « trahere » se traduit par « étirer »).

 

Le développement de cette activité va être très irrégulier en fonction des aléas politiques (guerres, révolution, intérêt des monarques en place…) mais aussi des différentes subventions qui vont être accordées par l’état.

 

Devant l’engouement de la cour pour cette étoffe fine, chaude et douce, et pour encourager le développement de cette industrie le Frère du Roi, consent des privilèges pour les fabriques de soie de Lyon et de Tours.

 

Charles d’Anjou, c’est de lui qu’il s’agit (1227 – 1285) est le Frère de Louis IX plus connu sous le nom de « Saint Louis ». Comte de Provence puis roi de Naples et de Sicile, il épouse en 1246 Béatrice de Provence, comtesse de Provence et de Forcalquier, la fille du comte Raymond Bérenger V et de Béatrice de Savoie.

 

Par ce mariage, il devient lui-même comte de Provence et comte de Forcalquier, principautés qu'il continue de gouverner jusqu'à sa mort en 1285. Il est donc tout naturellement amené à favoriser l’introduction de cette industrie en Provence.

 

Mais c’est réellement trois siècles plus tard, sous Henri IV (1553 – 1610), face à l’importance des importations de soie grevant fortement le budget royal, qu’il a été décidé d’imposer la culture du murier dans toutes les communes du royaume de France et de la subventionner.

 

Une politique d’intervention se met en place et se renforcera encore sous Louis XIV sous l’impulsion de Colbert, sous forme de prêts sans intérêts, de subventions, de privilèges, du libre usage des cours d’eau à ceux qui installent des filatures et des moulinages, et d’une prime pour « chaque pied de murier planté qui atteint l’âge de 3 ans »…

 

Bien plus que d’autres régions de France, les Cévennes vont de façon concomitante tirer profit de deux hommes providentiels, enfants du pays cévenol : Olivier de SERRES, et François TRAUCAT.

 

Olivier de SERRES (1539 – 1619) est originaire d’une famille protestante de l’Ardèche. Botaniste, il écrit plusieurs recueils dont « La cueillette de la soye par la nourriture des vers qui la font » et surtout son traité d’agronomie, « Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs » qui attirera l’attention du roi Henri IV.

 

François Le TRAUCAT, jardinier nîmois, de son côté, a fait planter 400.000 muriers en Provence Rhodanienne et en Languedoc entre 1554 et 1606. Et par ce biais va émerger et se développer dans les Cévennes « l'éducation » du Ver à Soie !

 

La révocation de l'édit de Nantes en octobre 1685 par Louis XIV est une véritable catastrophe pour cette activité car elle va hélas porter un coup fatal à la sériciculture : obnubilé par la présence des « réformés » qu’il fait pourchasser, le très catholique roi de France n’a pas pris en compte le fait que les familles protestantes des Cévennes, les Huguenots, grands producteurs de soie vont aller se réfugier à l'étranger pour de longues années alors même qu’Henri IV, son grand père, bien averti, mieux inspiré, parce que plus humaniste (souvenez-vous de « la poule au pot ! ») et moins politique, les avait protégé pendant toute la durée de son règne.

 

C’est le gel des châtaigniers et des oliviers, en 1709, qui va être à l’origine de la restauration de la sériciculture parce qu’il provoque une explosion de la plantation de muriers blancs. Cet arbre, contrairement aux deux précédents, a une croissance rapide et qu’après la mort de Louis XIV quelques familles de Huguenots vont timidement rentrer d’exil pour se réinstaller dans leur région d’origine… les montagnes Cévenoles.

 

En 1752, l’octroi d’une prime de 24 sols pour chaque pied de murier planté va renforcer cette tendance.

 

En 1809, la Préfecture du Gard recense en effet 1.140.680 muriers puis… 4.713.000 en 1831.

 

« De contrée déshéritée et ingrate, voilà les Cévennes devenues terre de prospérité par la magie d’un arbre » (je cite l’anthropologue contemporaine Françoise CLAVAIROLLE), d’autant que l’essor de la sériciculture entraine celui des opérations secondaires de la soie et va donner du travail à de nombreux habitants.

 

La production française atteindra son apogée autour de 1853 avec 26000 tonnes de cocons ! 

 

À cette époque, plus de 2300 communes se sont mis à la pratique de la sériciculture, ce qui occupait environ 350.000 personnes.

 

En 1852, 60 départements français produisaient des cocons bien que plus de la moitié proviennent des Cévennes.

 

Les raisons en sont multiples :

- Les Cévennes présentent de bonnes conditions climatiques pour le murier,

- La région, très pauvre et sans agriculture intensive, donnait la possibilité de mettre tous les bras à disposition pendant la période des 30 à 35 jours nécessaire à l’élevage du ver à soie,

- L’activité pouvait être réalisée au sein de la cellule familiale, et ne nécessitant pas d’investissement important était source d’argent liquide qui permettait à chaque famille de rembourser les emprunts de la vie courante qu’ils avaient contracté pour vivre.

 

Mais en 1845 apparurent les premières maladies du ver à soie dont « la pébrine », « la grasserie », « la flacherie » ou encore « la muscardine ».

 

Puis ce fût aux mûriers d'être atteints par des virus à leur tour. Devant l'ampleur de l'épidémie et de ses conséquences, Louis Pasteur se vit confier par le Ministère de l’Agriculture l'étude de ces phénomènes en 1865. Après avoir analysé la situation et compris l’origine du mal, il met en place à partir de 1870, des mesures adéquates qui permirent le recul de la maladie dont une méthode pour sélectionner les œufs indemnes de maladie.

 

En 1855, avec 5000 tonnes de soie grège (fils de soie à l’état brut), la production dépassait tout de même celle des royaumes Lombards et Vénitiens réunis !

 

Ces chiffres ne seront cependant plus jamais atteints car c’est hélas à cette époque qu’une épidémie virulente va progressivement décimer les élevages de vers à soie et faire chuter brutalement la production de cocons qui, de 26000 tonnes en 1853, tombe à 7500 tonnes en 1856.

 

L’ouverture du canal de Suez en 1869 liée à la guerre de 1870, ainsi que la concurrence des autres pays du bassin méditerranéen vont hélas freiner la reprise de l’activité.

 

En 1892, pour stimuler cette reprise, une prime proportionnelle au poids des cocons récoltés est mise en place mais cette mesure demeure insuffisante.

 

Les paysans Cévenoles commencent à s’organiser et plusieurs expériences de coopératives vont voir le jour dont « la Prolétarienne ». Mais la production de soie ne retrouvera jamais le niveau atteint dans les années 1850.

 

Bien sûr on va continuer d’éduquer des vers à soie dans les familles Cévenoles jusqu’en 1914.

 

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Récolte des cocons en famille avant 1914

 

 

 

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« La Prolétarienne » Atelier de moulinage organisé en coopérative dans le Gard en 1912

 

 

 

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« La Prolétarienne » Atelier de moulinage organisé en coopérative dans le Gard en 1912

 

Mais après la grande guerre qui a décimé une grande partie des hommes, l’exploitation ne retrouvera plus jamais son niveau du début du siècle et le coup final lui sera porté par l’apparition des fibres synthétiques (le nylon est apparu en 1938 suivi de près par les autres fibres synthétiques!)

 

Cependant, comme ailleurs, les crises successives secouent les Cévennes même si n’ayant pas vraiment d’activité de substitution, elles résistent mieux que les autres régions.

 

Elles assurent 86 % de la production séricicole nationale en 1938 contre 51 % trente ans auparavant.

 

L’activité continue à décroitre et la dernière filature a cessé son activité en 1965 à St Jean du Gard.

 

En 1968, l’état suspend ses aides, ce qui signe l’arrêt de mort de la sériciculture française.

 

En 1977, une relance de la sériciculture cévenole est tentée avec la création de l’A.D.S. Cévennes (Association pour le Développement de la Sériciculture en Cévennes).

 

En 1978, l’A.D.S. Cévennes lance sa première campagne séricicole pour la production de cocons, à un niveau interdépartemental. Trente-six éducateurs de l’Hérault, du Gard, de la Lozère, de la Drôme et de l’Ardèche produisent cette année-là une tonne et demie de cocons.

 

Puisque la soie grège produite en Cévennes est trop chère face aux soies importées de Chine, elle va créer en 1980 sa propre structure de consommation, la S.I.C.A. ou Société d’Intérêt Collectif Agricole « Soie-Cévennes »: elle transformera et commercialisera la production locale, maitrisant ainsi la totalité de la filière de la soie, du murier au tissu.

 

Son activité restera faible face aux mastodontes asiatiques, cependant une lueur d’espoir renait de la découverte intervenue entre temps en médecine chirurgicale.

 

Il s’avère que le fil de soie, contrairement aux matières synthétiques utilisées depuis un demi-siècle n’entraine aucune allergie et est idéal pour la fabrication des catguts utilisés pour suturer les plaies. Le catgut d'origine animale - interdit en France par l'arrêté du 31 aout 2001 parce qu’il était élaboré à partir des viscères des ruminants va retrouver une place de choix avec le fil de soie pour remplacer les fibres artificielles !

 

Cette production, même si elle demeure confidentielle, va pouvoir peut-être sauver cette industrie et surtout le savoir-faire qu’elle induit.

 

 

LA VIE DU VER A SOIE ET SON « EDUCATION »

 

À l’origine il y a la « graine » ces petits œufs blancs au moment de la ponte qui virent au jaune quelques heures après.

 

7 _ 20170603_154327.jpg   Ver 0.JPG
immédiatement après l'accouplement, la femelle pond ses œufs (300 à 500 !)

 

Ils étaient précieusement conservés par chaque famille qui en faisait des portions d'une once (à savoir, environ 25g) qu’ils plaçaient dans des petites boites rondes avec une étiquette comportant leur nom pour les stocker à une température inférieure à 10° afin de les empêcher d’éclore jusqu’au moment où le producteur serait prêt à élever ses vers à soie (ou vendre ses graines à un autre producteur) car il fallait impérativement leur consacrer une permanence de soins qui duraient 35 jours au moins à partir du moment où l’on faisait éclore les œufs.

 

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Petites boites dans lesquelles certains sériciculteurs plaçaient la graine de magnan dans un conservateur à 10°C pour la revendre...  


 

Ainsi il existait sur les pentes du Mont Aigoual un « conservatoire » de graine où chaque famille allait déposer sa production soigneusement étiquetée, d’autant qu’un certain nombre d’éleveurs de ver à soie faisaient commerce de leur graine pour approvisionner leurs collègues qui ne pouvaient les conserver à la température inférieure à 10°C.

 

Il faut se remémorer que l’élevage des vers à soie était devenu un complément non négligeable de revenus fort apprécié des familles paysannes qui devaient aussi assurer le travail quotidien des bêtes et des champs.

 

Ils devaient être sûrs de pouvoir disposer d’assez de temps, soit un minimum de 35 jours sans aucune interruption possible correspondant au cycle d’élevage allant de l’éclosion des œufs jusqu’à la production des cocons.

 

Pour une température de 22°C voici comment se décomposait la vie du ver à soie rythmée par 4 mues successives:

 

1) il faut compter de 15 à 18 jours pour faire éclore les œufs (la « graine »).

 

 

2) 1er jour : Éclosion des œufs.

7 _ dessin eclosion.jpg
Il ne fait que 2 à 3 mm de long et pèse 0,4 mg

 

3) à partir du 5ème jour : 1ère mue. Le ver change de peau car il grossit vite et sa peau ne peut le contenir… il la quitte et laisse sur place son ancienne peau que l'on nomme « exuvie ». Pendant les 5 à 10 jours il faut compter une consommation de 150 Kg de feuilles de murier pour une once (25g) de « graine ». 

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1ère exuvie (elle fait 4 mm de long !)

 

4) à partir du 10ème jour : 2ème mue, et sa consommation de feuille de murier augmente  

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2ème exuvie (elle fait 10 mm de long !)

 

5) à partir du 17ème jour : c'est la 3ème mue et sa consommation de feuilles de murier s'accélère. Il faut compter 790 kg de feuilles pour les 25g de « graine » du départ...

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3ème exuvie (elle fait 25 mm de long !)

 

6) à partir du 25ème jour : c'est la 4ème mue et sa consommation de feuille de murier s'accélère puisque il faut compter environ 800 Kg de feuilles pour les 25g « graine » pour les 10 jours qui précèdent la grande « frèze » à savoir le moment où le ver ca tisser son cocon.

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4ème exuvie (elle fait 50 mm de long !)

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Voici le ver 10 jours après sa 4ème mue (il fait de 70 à 80 mm de long !)

et au 35ème jour, il est prêt pour la grande « frèze ».

 

7) à partir du 35ème jour : le ver est « mûr », on dit qu'il est « madur », et c'est alors « la montada », suivi de « l'encabanage ». Le ver ne se nourrit plus; il va chercher à monter et se fixer, c'est pourquoi on place tout autour « l'encabanage », en fait des « brus » ou « brucs » qui sont des rameaux de bruyère arborescente ou de bruyère à balai dans lesquels il va pouvoir monter et commencer par tisser un halo de fils, « la blasa », qui va fixer le futur cocon sur son support, puis il va enfin tisser son cocon de l’intérieur pendant 10 jours. Il va devenir translucide puis se recroqueviller en crosse d’évêque à la fin du filage.

 

8) à partir du 42ème jour : Le ver se transforme en effet en chrysalide et c’est là la limite basse de la récolte des cocons. On les récolte quand on commence à entendre le son de la chrysalide qui a durci et cogne contre les parois du cocon lorsqu’on le secoue.

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À partir du 42ème jour la nymphe est formée; elle mesure 30 mm de long.

 

9) à partir du 60ème jour : il faut absolument avoir récolté le cocon parce que la chrysalide va se transformer en papillon qui va percer un trou avec sa salive qui va diluer la soie pour sortir du cocon et qui, du coup, ne devient plus utilisable, puisque forcément le fil ne sera plus continu lorsqu'on va le dérouler.

 

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Le cocon est prêt à être récolté (il fait 35 mm de long !)

 

10) à partir du 63ème jour : Le papillon mâle légèrement plus petit que le femelle va se déplacer pour s’accoupler au papillon femelle qui dès sa sortie du cocon ne bouge plus parce qu’il est trop lourd et contient dans son abdomen la totalité de la ponte des 300 à 500 œufs qui se sont formés lorsqu’il était dans la chrysalide.

 

11) à partir du 64ème jour : Le papillon femelle va pondre entre 300 et 500 œufs fécondés en 48h et mourra sur place ensuite.

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12) S’ensuit la Diapause (hivernage) jusqu’à la saison suivante car le papillon est « mono-voltine », à savoir qu’il ne présente qu’un seul cycle de reproduction par an.

 

Nota Bene : il existe en Asie des races « bi-voltines » qui ont deux cycles par an, et même « poly-voltines » qui ont plusieurs cycles.

 

En principe, chaque famille de paysans cévenoles avait ainsi aménagé dans son habitation une pièce spécialement adaptée à « l’éducation du ver à soie ». En général, elle était située dans la partie haute de la maison, sous les combles où l’air chaud, plus léger que l’air froid, montait de façon naturelle, grâce à des conduits placés à chaque angle de cette pièce, qui amenaient la chaleur nécessaire à l’éclosion et la vie des vers qui est comprise entre 22 et 25° C et qui provenait de la pièce principale de l’habitation où l’on prenait soin d’entretenir un feu permanent dans la cheminée.

 

Dans cette pièce, de façon à élever en même temps plusieurs milliers de vers, on installait en hauteur, les uns au-dessus des autres, des rayonnages de cannisses, quelquefois démontables quand on devait les installer dans la cuisine, sur lesquels on pouvait facilement répartir les vers et leur apporter deux fois par jour les énormes quantités de feuilles de murier dont ils avaient besoin pour se nourrir.

 

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Rayonnages de cannisse installés au grenier et démontables pour la cuisine...

 

Et on pouvait ainsi élever ou plutôt « éduquer » plusieurs milliers de vers à soie en les répartissant à des stades de développement différents afin que chaque tâche n’arrive pas au même moment.

 

Dans certaines familles qui ne disposaient pas de pièce dédiée, et de façon à maintenir la température entre 22° et 25° C, les femmes avaient trouvé un moyen astucieux…

 

Elles cousaient dans de la baptiste de coton (un tissus très léger et à la maille lâche laissant passer l’air), de petites pochettes allongées munies de deux boutonnières et une languette de fermeture dans laquelle elles plaçaient les œufs et, tout en vaquant à leurs occupations ménagères dans la journée, elles suspendaient à une ceinture de flanelle, sous leur robe ainsi qu'à l’intérieur de leur chemise de nuit, la nuit, et donc bien au chaud, une douzaine de ces pochettes dans lesquelles elles faisaient éclore les œufs qui ainsi étaient maintenus en permanence à la bonne température pendant au moins 15 jours!

 

A l'époque, on a vite fait de trouver un moyen moins rudimentaire en construisant un petit meuble qui permettait de couver la graine avec de l'eau chaude maintenue à température à l'aide de braises.

 

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Mis ainsi en incubateur pendant 15 jours, puis 2 à 3 jours après que les petits vers étaient sortis, on installait dans la cuisine non loin de l’âtre des rayonnages de cannisse démontables comme ceux représentés sur les deux photos précédentes le temps de gaver les vers à savoir pendant au moins les 35 jours nécessaires aux 4 mues…

 

Et quand on dit « gavait », c’est bien de cela dont il s’agissait, car chaque ver arrive à absorber et digérer dans les 35 jours de sa courte vie environ 45 Kg de feuilles de murier blanc ! Au début, ce sont les jeunes pousses que l'on hache au couteau pour lui faciliter la tâche, puis on le nourrit ensuite avec de grosses feuilles dont il a vite fait de bouloter la matière verte et tendre qui se trouve entre les nervures, délaissant les nervures des feuilles comme des squelettes après leur repas et l'endroit constellé de petites crottes noires.

 

C’est essentiellement « un tube digestif », qui va stocker un liquide visqueux dans deux glandes allongées situées en dessous de son tube digestif sur toute sa longueur qui va lui permettre, le moment venu, de tisser son cocon.   

 

Le développement de la chenille est discontinu. Comme on l'a vu un peu plus haut, il est en effet constitué de 5 âges larvaires pendant lesquels la chenille se nourrit et grandit.

 

À la fin de chaque âge larvaire, la chenille cesse de se nourrir, file quelques brins de soie pour se fixer et s’immobilise.

 

Elle procède alors à une nouvelle mue : elle perd son ancien tégument (l’exuvie) et son ancienne capsule céphalique. L’étape dure une vingtaine de minutes. Après la mue la chenille possède un nouveau tégument très fripé, plus grand que l’ancien. Elle peut recommencer à s’alimenter et à grossir.

 

 

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Les petits vers après deux jours,  puis intervient la 1ère mue après 5 jours…

 

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La 2ème mue après 10 jours, et la 3ème après 17 jours…

 

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Ca y est, au 25ème jour, le ver subit sa 4ème mue,

et il est prêt à tisser son cocon… 35 jours après l'éclosion de l'oeuf.

 

Après s’être gavé de feuilles de murier pendant 35 jours, le vermisseau qui pèse 0,4 mg au moment de l’éclosion va devenir un ver qui va peser de 4 à 5 g à l’issue de sa 5ème mue soit… 10000 fois plus !

 

A la fin du 5ème âge larvaire, les chenilles cessent de se nourrir, vident leur tube digestif, et cherchent un espace propice à l’ancrage et au filage du cocon.

 

Pendant ses 5 mues le ver a pu stocker une quantité considérable de « fibroïne » dans ses deux glandes séricigènes, ce que l’on constate aisément par son augmentation de poids considérable. Elles vont lui servir à préparer son cocon en filant ses fils de fibroïne à l’aide de deux canaux qui se rejoignent au niveau de la bouche en une seule filière qui va permettre aux deux fils de se coller entre eux grâce à la sécrétion de séricine (encore appelée grès), une sorte de matière collante qui permets aux fils de se coller entre eux pour former un fil de soie unique de plusieurs centaines de mètres de long (de 800 à 1500 mètres) dont va être constitué le cocon avant que le ver ne se fige en chrysalide. 

 

Le ver va ainsi filer frénétiquement son cocon autour de lui en dégurgitant son fil de soie pour former le cocon.

 

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Le ver tisse son cocon frénétiquement entre 35 et 42 jours…

puis se transforme en chrysalide.

 

Dans la vidéo de 4 minutes qui suit on peut voir, en accéléré (4 minutes au lieu de 35 jours !) la voracité du ver à soie et sa frénésie, ensuite, à filer son cocon.

 

 

 

De façon à pouvoir récolter facilement ces cocons, on va alors placer sur les rayonnages des bouquets de bruyère, « les Encabanages », sortes de balais qui vont permettre au ver de fixer les premiers fils de son cocon avant qu’il ne commence à le filer de l’intérieur, comme le montre les deux photos précédentes mais la vidéo qui suit est bien plus significative.

     

 

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Le ver commence son ascension dans les « encabanages » de « brus ou brucs » de bruyère,

puis se fixe et tisse son cocon...

 

En Suisse, de nos jours, une famille a mis au point une technique moderne astucieuse qui permets d'aller beaucoup plus vite dans la récolte des cocons. On oblige les vers à se fixer dans les alvéoles d'une planche de casiers qui ne permets la construction que d'un seul cocon par case.

 

Vous pouvez découvrir l'éducation moderne du ver à travers la longue vidéo qui suit, mais allez directement à la 16ème minutes avec le curseur, il y en a que pour trois minutes...:

 


 

Le ver va ainsi dégurgiter les 800 à 1500 m du fil de soie nécessaires à la construction de son cocon que la magnanarelle n’aura plus qu’à dérouler en le récupérant sur un rouet.

 

Si l’on ne récolte pas le cocon en fin de construction pour l’ébouillanter afin d’en tuer la chrysalide pour empêcher le futur papillon de le trouer pour en sortir et donc le rendre inutilisable pour le déroulage, le futur papillon va ainsi attendre sa lente évolution jusqu’au 60ème jour et il naitra naturellement après avoir troué le cocon en le ramollissant grâce à un liquide contenant une enzyme protéolytique, la « cocoonasse », qu’il secrète au niveau de sa bouche et qui va dissoudre partiellement le fil de soie au sommet du cocon comme on peut le voir dans les 4 photos qui suivent et la vidéo. Il peut alors écarter le fil, ouvrir un passage et sortir du cocon : c’est « l’émergence ».

 

 

 

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Le papillon sort de son cocon

 

Le papillon ne se nourrit pas, et ne peut pas voler. Il vit une dizaine de jours, durant lesquels il s’accouple et meurt.

 

La femelle attire le mâle grâce à une phéromone, le bombycol, émise par ses 2 grosses glandes anales. Le mâle détecte le bombycol à l’aide de ses antennes plumeuses. Le mâle n’est pas attiré par des femelles d’autres espèces de papillon : le bombycol est un stimulus très spécifique mais suffisant.

 

Mais revenons à notre récolte de cocons sur les bouquets de bruyères.

 

On récolte donc les cocons avant que la chrysalide ne se transforme en papillon.

 

Le procédé est simple il faut ce faire entre le 43ème jour et le 50ème jour après l’éclosion en récoltant les cocons dans les bouquets de bruyère et en en secouant quelques-uns pour se rendre compte que la chrysalide cogne contre les parois puisqu’elle a diminué de volume et est sèche.

 

Avant de commencer l'opération de « tirage » (d’où le nom de « trahandier » = tireur de soie) du fil continu, il va falloir faire un certain nombre d’opérations, à commencer par :

 

1)   « L’Étouffage des chrysalides »

 

Cela se fait grâce à de la chaleur humide, en général à la vapeur ou autrefois en trempant les cocons dans de l’eau très chaude à plus de 70° C afin d'empêcher leur transformation en papillon, ce qui rendrait le cocon inutilisable pour le dévidage du fil.

 

20170603_163954.jpg   defilage des cocons 2.JPG

 

2)   Tri des cocons

 

Les cocons malformés, abimés (éventuellement ouverts par le passage du papillon si par hasard il en était resté dans les balais...) seront traités avec les autres déchets de soie.

 

3)   « Le  déblazage »

 

Avant de commencer l’opération de tirage du fil continu, il faut enlever la bourre ou « blaze » qui garnit la surface extérieure du cocon et avait servi au ver pour fixer son cocon sur le support de bruyère.

 

4)   Dévidage du fil

 

On fait tremper les cocons dans une bassine d’eau très chaude entre 70 et 75°C appelée la « bassine de battage » pour ramollir le grès ; ils sont ensuite « battus » avec un petit balai en chiendent ou en bruyère appelé « escoubette » (c’est aussi comme cela qu’on nommait en provençal la moustache des hommes !), ce qui permet d’accrocher et de repérer le « maitre brin » (le début du fil).

 

Escoubettes.jpg

Des escoubettes

 

 

 

defilage des cocons.JPG   enroulage du fil.JPG

 

Moulinage du fil de soie sur un rouet

 

 

Ce premier fil est toujours emmêlé, souvent irrégulier (on l’appelle « frison ») parce que c’est par là que le ver a commencé à tisser son cocon en s’agitant frénétiquement de façon désordonnée pour s’assurer qu’il est bien fixé sur son support. On va éliminer le « frison », c’est ce qu’on appelle « la purge du cocon », et cet excédent va rejoindre les déchets de soie.

 

Les cocons sont alors transférés dans une nouvelle bassine appelée « bassine de dévidage » contenant de l’eau à 45°C. Les brins de plusieurs cocons sont alors réunis pour former ce qu’on appelle un « bout », le fil du cocon étant trop fin pour être utilisé tel quel (il ne mesure environ que 5 microns de diamètre !).

 

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Il faut rassembler le fil de 4 cocons pour obtenir un fil de 9 deniers, 5 pour un fil de 10 à 12 deniers, 6 pour un fil de 13 à 15 deniers…

 

Le « bout » est alors passé dans une « filière » où les brins réunis et comprimés se ressoudent, le grès s’étant refroidi.

 

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La soudure des fils a été améliorée par la procédure de la « croisure » qui consiste à croiser les fils sur une certaine longueur avant de les décroiser à nouveau et de les enrouler sur une « tavelle ».

 

5)   « Nourrir les bouts »

 

La fileuse doit constamment surveiller la grosseur et la régularité du fil. S’il devient plus mince elle doit rajouter un cocon. Il en va de même si un cocon est pratiquement complètement dévidé. Cette opération de « jetage du fil » est très délicate et nécessite une grande dextérité et une grande attention pour éviter des « bouchons » (irrégularités).

 

La mécanisation (« jette-bouts) a permis de faciliter cette tâche et d’obtenir un fil plus régulier dans son épaisseur.

 

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Le cocon ne se dévide pas entièrement et il reste une partie (la « pellette ») contenant une soie non dévidable (le « capiton ») qui ira rejoindre les déchets de soie et la chrysalide qui servira d'engrais ou de nourriture pour les porcs.

 

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Les Chinois les dégustent en brochette (‘;o) !

 

 

 

Avec 8 à 10 Kg de cocons on obtient ainsi un Kg de fil de soie grège (contenant encore son grès) !

 

6)   Traitement des déchets de soie :

 

Les déchets de soie (bourre, cocons troués ou malformés, frison, capiton sont utilisés après cardage pour fabriquer des fils de soie plus grossière: fil de « Schappe » fait avec les bouts les plus longs (8 à 30 cm), le fil de « bourette » avec les plus courts (moins de 8 cm) ...

 

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LE MOULINAGE

 

Le fil de soie sortant de la bassine n’est pas utilisable tel quel pour le tissage. Il faut régulariser les fils et leur donner de la solidité par la torsion : c’est l’opération de « moulinage ». Par extension les opérations successives qui conduisent à obtenir un fil commercialisable sont appelées « moulinage ».

 

7)   « Le mouillage » :

 

La soie grège (brute) sous forme de « flotte » est placée dans l’eau tiède additionnée de savon et d’huile pendant 24h pour assouplir le « grés »

 

8)   « Le dévidage » :

 

La « flotte » est installée sur un dévidoir très léger appelé « tavelle » afin de rembobiner le fil sur une bobine ou roquet. Le fil est en même temps débarrassé de ses imperfections par un « purgeoir ».

 

   

9)   « Le doublage » :

 

On réunit ensuite sur une même bobine plusieurs fils pour obtenir un fil à plusieurs brins. C’est l’opération le plus délicate car les fils doivent être réunis avec une tension très égale afin d’éviter les défauts.

 

 

10) La torsion ou « moulinage » :

 

Le fil à plusieurs brins est alors tordu sur lui-même (de 150  à 3500 tours par mètre de fil) par une machine appelé « moulin » pour lui donner unité et résistance. Le nombre de tour dépend de l’usage auquel est destiné le fil de soie et de l’aspect qu’on veut lui donner.

 

11) « Le flottage » :

 

Ce fil est à nouveau remis en « flotte » sur une « reflotteuse ». Les flottes seront examinées, « capiées » (liées avec un fil), triées et pliées en manteaux. Les fils très tordus recevront un jet de vapeur (vaporisage) qui leur évitera de vriller.

 

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12) Le décreusage » :

 

Cette opération consiste à dissoudre le « grès » qui entoure le fil de soie, le rend rêche et empêche la teinture de se fixer. Les flottes de soie grège sont lavées dans des bacs d’eau.

 

13) La teinture :

Les écheveaux vont être plongés dans des grands bacs d’eau chaude chargée de teinture végétale ou chimique. Si le teinturier rend à la soie le poids qui a été perdu lors du décreusage, on dit qu’il a fait une charge « poids pour poids ». 

 

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14)  Le Tissage :

 

 

En lui-même c'est une autre technique bien plus compliquée que l'on pense et ce serait faire injure à la mémoire de mon cousin Francis DALLE qui a œuvré la quasi totalité de sa vie professionnelle à la direction de l'entreprise VERDOL à Lyon, qui fabrique des métiers à tisser et qui est la seule détentrice du brevet Jacquard, ainsi qu'à celle de mes oncles Paul HELMREICH et Paul FLEURY qui avaient créé une usine de tissage de la soie sous le nom des « Tissages de Pusignan » dans la région lyonnaise et qui fabriquait de A à Z depuis le tissage de la soie jusqu'à l'impression des carrés de soie dont les fameux carrés Hermès. C'est ma tante Simone qui en dessinait les cartons dont j'ai le bonheur d'en avoir conservé quelques uns... de véritables œuvres d'art.

 

 

Je consacrerai un jour un article entier sur cette technique de pointe qui utilise largement l'informatique aujourd'hui.

 

Mais comme le Musée de la Soie à Saint Hyppolyte du Fort consacre une bonne partie de son espace au « tissage » et qu'il possède quelques remarquables mécaniques anciennes de tissage dont des machines à ruban et même un métier Jacquard à l'ancienne, je ne pouvais pas ne pas laisser entrevoir la suite logique donnée à la fabrication des fils de soie !

 

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Métier à tisser à l'ancienne avec navette horizontale

 

 

 

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Métier à tisser mécanique équipé d'un mécanisme Jacquard

 

 

 

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Equipement Jacquard à bandes perforées situé au dessus du métier mécanique. 

 

 

Cela dit, le Tissage est un procédé de fabrication qui consiste à entrelacer à angles droits deux fils distincts pour former un tissu : le fil de chaîne vertical et le fil de trame horizontal.

 

 

La façon dont les fils de chaine et les fils de trame s’entrecroisent est appelée « l’armure du tissu ».

 

 

La représentation d’un tissu dans son nombre le plus petit en chaine et en trame s’appelle le « rapport d’armure ». Ce rapport d’armure se répète à l’infini tout au long du tissu, dans le sens de la largeur, d’une lisière à l’autre, et en longueur au fur et à mesure de la confection du tissu.

 

 

Il y a trois « armures de base », la toile, le sergé et le satin à partir desquelles sont fabriquées de nombreux tissus mais il en existe d’autres.

 

 

La « toile ou drap » est la plus simple et la plus ancienne des armures (alternativement dessus, puis dessous). Les tissus obtenus n’ont ni envers ni endroit.

 

Texture du drap.jpg

 

Le « sergé » présente des lignes obliques ou diagonales auxquelles on donne le nom de côtes. Les deux faces du tissu sont différentes.

 

Texture Sergé.jpg

 

Et enfin le « Satin » dont la caractéristique principale est que les points de liage ne se touchent jamais. Les deux faces du tissu sont différentes et l’endroit présente un aspect lisse et brillant. (on appelle « point de liage » l’endroit sur le tissu où les fils de chaine et de trame se croisent (à la jonction des cases noires et des cases rouges dans les trois schémas qui accompagnent ces explications).

 

Texture du satin.jpg

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



12/06/2017
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